Toujours en marche pour l’égalité des femmes

POINT DE VUE / Il y a 25 ans, le 4 juin 1995, l’une de nous deux avait sept ans et l’autre marchait avec des centaines de femmes depuis Montréal, Longueuil et Rivière-du-Loup jusqu’à l’Assemblée nationale pour en rejoindre des milliers d’autres qui les attendaient pour faire entendre leurs préoccupations. 

La Marche Du pain et des roses a démontré la force mobilisatrice des femmes du Québec. Ce grand mouvement, qui dénonçait la pauvreté et les inégalités vécues par les femmes, a permis plusieurs avancées sur le salaire minimum, les pensions alimentaires, le parrainage des femmes immigrantes et une loi sur l’équité salariale. Il faut être fières de cette mobilisation.

Malheureusement, un quart de siècle plus tard, on doit bien constater que l’égalité n’est pas encore atteinte. Trop de femmes vivent encore dans la précarité, la pauvreté et l’exclusion, en particulier les femmes des minorités visibles et celles en situation de handicap. Les statistiques témoignent du chemin qui reste à parcourir pour atteindre l’égalité: trois familles monoparentales sur quatre sont dirigées par des femmes, le salaire hebdomadaire moyen des femmes travaillant à temps plein correspond à 86% de celui des hommes et elles sont deux fois plus nombreuses que les hommes à occuper un emploi à temps partiel.

La crise de la COVID-19 nous a aussi rappelé cruellement à quel point les femmes sont encore majoritaires dans les emplois liés aux soins, où elles oeuvrent dans des conditions extrêmement difficiles. Elle nous a aussi rappelé combien notre société dépend du travail invisible des femmes, qui est toujours largement sous-valorisé. On a vu, par exemple, à quelle vitesse les soins se sont dégradés pour les aînés lorsque les proches aidants ont été interdits dans les CHSLD, ou combien on a compté sur les parents, le plus souvent les mères, pour prendre en charge les enfants et leur éducation dès la fermeture des écoles et des services de garde. Les « anges gardiens » qui nous ont permis de passer à travers cette crise sont principalement des femmes. Ce sont elles qui étaient sur la première ligne dans les hôpitaux, les CHSLD, les établissements scolaires, les services de garde, les commerces essentiels ou au sein de leur famille. 

Comment peut-on justifier, après des décennies de lutte, de faire encore face à autant d’inégalités? Il est plus que temps de répondre aux demandes laissées en suspens depuis cette marche et nous devons nous servir de la prochaine relance économique pour y arriver. 

Pour rendre justice aux femmes qui portent le poids du fonctionnement de notre société et de nos familles sur leurs épaules, Québec solidaire propose d’intégrer au plan de relance des mesures qui vont véritablement nous permettre de réduire les inégalités. Les femmes ont assez attendu.

Augmentons dès maintenant le salaire minimum à 15 $ de l’heure pour réduire la pauvreté et la précarité de nombreuses femmes, particulièrement les femmes immigrantes. Créons 10 000 logements sociaux et abordables par année pour rattraper le retard pour toutes ces années où rien n’a été fait, alourdissant le fardeau de plusieurs femmes, dont celles issues des minorités visibles et les femmes autochtones. Améliorons les conditions salariales des emplois qui consistent à prendre soin des autres, parce que la valorisation de ces métiers doit aller au-delà des remerciements. Rendons enfin obligatoire la rémunération de tous les stages nécessaires à l’obtention d’un diplôme, afin que les étudiantes n’aient plus à choisir entre réussir leur stage ou payer leur loyer. 

Depuis 25 ans, le combat pour l’égalité s’est poursuivi, s’enrichissant de nouvelles préoccupations féministes, notamment pour l’intersection des oppressions. Notre lutte n’est pourtant pas si différente aujourd’hui de celle des femmes qui réclamaient il y a 25 ans du pain et des roses pour toutes les femmes. Il est grand temps de donner enfin réponse à ces revendications pour de meilleures conditions économiques et une meilleure qualité de vie, parce que nous voulons vivre dans un Québec qui ne laisse personne derrière.