La vie de Sylvain Mercier a changé en 1996, quand il a été victime d’un face à face sur la route 105, près de Kazabazua.

Sylvain Mercier : des ciseaux au disco

CHRONIQUE — LES GRANDES ENTREVUES / Le temps d’une soirée, le temps d’un spectacle, son groupe transporte les spectateurs à une époque pas si lointaine que certains ont adorée, que d’autres ont détestée, mais qui n’a laissé personne indifférent.

L’époque du disco. Du film Saturday Night Fever

Des planchers de danse illuminés et des boules en miroir suspendues au plafond. 

D’une musique qui a fait danser toute une génération et qu’on écoute aujourd’hui avec un sourire complice et un brin de nostalgie dans l’âme.

Le batteur gatinois Sylvain Mercier a fondé la revue musicale Disco Fever Experience il y a cinq ans. 

Depuis, ses 15 chanteurs et danseurs et ses quatre techniciens sillonnent le Québec au rythme de You Should Be Dancing et Stayin’ Alive des Bee Gees, de Get Down Tonight de KC and the Sunshine Band, de I Will Survive, de Gloria Gaynor et de tant d’autres succès de ces folles années.

Comment cette idée de recréer l’époque disco sur scène a-t-elle germé dans la tête de Sylvain Mercier ?

« Tout a commencé avec un accident de voiture », répond-il.

Coiffeur de profession, Sylvain Mercier, 60 ans, a travaillé pendant plus de 20 ans comme représentant des ventes à l’international des produits capillaires Paul Mitchell International. 

« Mais j’ai lâché tout ça à cause de problèmes familiaux et conjugaux, dit-il. Je n’étais jamais à la maison, j’étais toujours parti à Las Vegas, à Maui, en Europe, partout. Donc je suis revenu en Outaouais où je me suis joint à l’équipe des ventes de la compagnie Star Bédard Coiffure et Esthétique. Mais encore là, j’étais toujours sur la route. Et les fins de semaine, je coursais une automobile aux États-Unis avec la série Empire Super Sprints.

— De là l’accident de voiture ?

— Pas du tout. Oui, j’ai eu quelques accidents en coursant. Mais sur une piste de course, t’es attaché au siège de ton bolide, t’as un casque protecteur, tout le monde roule dans le même sens. Mais quand tu roules à 110 km à l’heure sur la route 105, tu ne t’attends pas à ce que quelqu’un te rentre dedans. »

L’accident est survenu en juillet 1996, sur la 105 à la hauteur du village de Kazabazua. 

Un violent et dramatique face à face.

« Il était environ 16 h 30, se souvient Sylvain Mercier. Une belle journée, je revenais de travailler et je tombais en vacances. J’allais chercher mes enfants à Montréal, mais je ne me suis jamais rendu. Et je n’ai jamais revu mes enfants. »

Le jeune conducteur de 18 ans de l’autre voiture impliquée dans la collision frontale est décédé sur le coup. 

Sylvain Mercier a été transporté d’urgence à l’hôpital où il est demeuré dans un coma artificiel pendant trois semaines.

« À mon réveil, reprend-il, le médecin m’a dit que je n’allais probablement plus jamais remarcher. J’avais de multiples fractures ouvertes aux jambes, aux pieds. En fait, du bassin en descendant, j’ai été reconstruit. J’aurais pu me laisser aller. J’y ai songé. Mais lorsque le gars qui occupait le lit voisin du mien aux soins intensifs est décédé, j’ai pris ça comme un signe. Comme si la vie me donnait une deuxième chance. »

« En récupération et réadaptation, les médecins me faisaient faire de l’hydrothérapie. Je détestais ça. Alors j’ai dit à mon médecin que je préférerais plutôt apprendre à jouer de la batterie. Que ce serait bon pour mes jambes et ma coordination. Donc j’ai suivi un cours, j’ai commencé à jouer et, éventuellement, j’ai pu remarcher.

— Vous n’étiez pas musicien avant l’accident ?

— Pantoute ! Je n’avais jamais joué de ma vie. Mais je l’ai appris. Et lorsque mon jeune professeur de batterie m’a suggéré de me former un band de trois ou quatre musiciens, c’est là que j’ai eu l’idée de créer une revue musicale. Et c’est comme ça que l’idée de Disco Fever Experience a germé. On roule maintenant depuis cinq ans et, l’an dernier, on s’est produit au Festival de montgolfières (de Gatineau) et on a ouvert le spectacle des Beach Boys au Festival Juste pour rire de Montréal. »

La troupe Disco Fever Experience sera en spectacle à la salle Odyssée de la Maison de la culture de Gatineau le 30 janvier prochain.

De coiffeur à batteur, en passant par la course automobile et la production de spectacles, Sylvain Mercier a eu une carrière plutôt unique, c’est le moins qu’on puisse dire.

« J’ai eu du fun dans la vie, lance-t-il. Mon seul regret – et c’est un gros – c’est celui de n’avoir jamais revu mes deux enfants, dit-il en baissant les yeux. Durant mon hospitalisation, mon ex-épouse est venue me visiter avec nos enfants et elle m’a dit : “Je pars refaire ma vie avec un Français.” Elle était aussi Française. Puis elle a ajouté : “Regarde bien tes enfants. Je quitte le pays avec eux.” Je ne les ai jamais revus depuis. Ma fille avait huit ans et mon fils avait un an quand je me suis séparé. J’ai essayé une fois de communiquer avec mon fils via les réseaux sociaux, mais il m’a répondu : “Excusez-moi Monsieur, je ne vous connais pas.” Mes enfants ne me connaissent pas et ils ne veulent pas me connaître. C’est de ma faute. J’étais toujours parti. »