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Le Service de police de la Ville de Gatineau a perdu un collègue et un ami. Les pensées de tout le monde sont avec la famille qui doit vivre cette dure épreuve.
Le Service de police de la Ville de Gatineau a perdu un collègue et un ami. Les pensées de tout le monde sont avec la famille qui doit vivre cette dure épreuve.

SVP, brisez le silence !

À vous la parole
À vous la parole
Le Droit
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OPINION / Je suis devenu policier, car l’idée d’aider les gens était importante pour moi. J’ai eu la chance d’avoir un père, modèle de droiture, qui m’a fait comprendre que le bon devait toujours l’emporter sur le méchant. Cette vision naïve et simpliste était celle d’un adolescent qui voulait faire une différence dans sa ville. Loin de me douter à quel point j’avais eu de la chance d’être encadré par mes parents. Pas pour donner des tickets, mais pour empêcher des victimes de subir des gestes, paroles et comportements que je n’aurais jamais pu imaginer.

Assez rapidement dans ma carrière, j’ai eu à intervenir dans des situations qui m’ont fait réaliser que la société était remplie de personnes dépourvues, abusées, troublées ou mal intentionnées. Pour moi, le simple fait de rentrer chez les gens sans cogner, et sans avoir reçu la permission d’entrer, était inconfortable. Imaginez quand vous ajoutez les situations pour lesquelles nous devons intervenir : parents qui abusent leurs propres enfants, violence conjugale, agressions sexuelles, appels avec des cadavres, effectuer des manœuvres de réanimation sans succès, gens en détresse psychologique, suicides, accidents de la route avec décès, annonces de décès à un membre de la famille et j’en passe bien d’autres. Pendant que la majorité des gens se sauvent et tournent le dos à ces situations, nous, on doit foncer, y faire face, réagir et prendre des décisions instinctives.

Il n’y a pas un être humain qui est fait pour subir des cicatrices comme celles-là, sans être affecté. À la suite de ces interventions, le policier doit continuer à vivre, fonctionner et travailler à travers tout cela. Il fait ce qu’il peut, parle avec ses collègues, ami(e)s ou conjoint(e) en leur épargnant certains détails qu’il croit plus blessants ou plus durs à partager. Il n’est donc pas rare que la vie personnelle influence le travail, mais le contraire est encore plus vrai... Nous développons différents mécanismes de défense, comme le compartimentage, l’humour noir, le refoulement et autres. Le policier seul se désensibilise à plusieurs interventions en passant au prochain appel, sans être conscient qu’il accumule des cicatrices. Une partie du problème est que le policier est très exigeant envers lui-même, mais nous sommes aussi très critiques entre nous, pour ne pas dire durs ! Quoique l’environnement du travail ait changé, le milieu des policiers est encore rempli d’orgueil mal placé et de jugement entre les pairs.

Vous apercevez des fleurs à des endroits, sur les bords de la route, où des familles et ami(e)s ont perdu des êtres chers souvent de façon subite et hâtive. Ces endroits sont symboliques et évoquent des souvenirs qui peuvent faire surgir des émotions. Être policier nous expose à des situations un peu partout dans la ville et fait que nous accumulons plein d’endroits qui nous marquent. En plus de vivre nos problèmes et échecs, nous sommes exposés à ceux d’inconnus que nous tentons d’aider. Cette belle profession que j’exerce a tellement changé. Il y a encore de beaux moments qui font renaître la flamme et la passion, mais je peux honnêtement vous dire qu’après 24 années d’expérience, le stress et les cicatrices sont de plus en plus nombreux. Plusieurs policiers vont vous dire que le négatif a surpassé le positif depuis un certain temps. Le but n’est pas de les énumérer, mais bien de faire comprendre aux gens que la façon dont ils traitent les policiers, sans être conscients de ce que ces derniers vivent au quotidien, n’est rien pour aider.

En fin de semaine, nous avons perdu un collègue et ami. Nos pensées sont avec la famille qui doit vivre cette dure épreuve. Il n’y a pas de mots qui peuvent expliquer ce qui se passe et nous tenons à leur offrir nos plus sincères condoléances. Nous partageons votre deuil. Il était un ami et il va nous manquer. Je pense également à mes collègues qui sont intervenus lors de la fin de semaine. J’ai observé votre professionnalisme et je comprends à quel point ces moments peuvent être éprouvants. Ce bouquet de fleurs, du 21 mai 2021, va demeurer dans nos souvenirs pour toujours. Les nombreux messages reçus nous démontrent que plusieurs pensent à l’humain derrière l’uniforme. Merci à tous ces beaux gestes de soutien et de solidarité. Aucun autre commentaire ne sera fait, SVP respectez la famille qui est en deuil ainsi que ses collègues.

Le milieu policier a besoin d’aide, de soutien et d’outils. Le travail est de plus en plus complexe et il faut prendre soin de la santé mentale des intervenants. Il faut éviter que d’autres familles, ami(e), enfants et collègues aient à vivre des événements aussi tristes. Je vous demande d’être attentifs aux gens qui vous entourent, soyez braves et BRISEZ LE SILENCE !

Repose en paix notre ami et veille sur nous, car nous aussi avons besoin d’anges gardiens...

Steve Spooner, président de la Fraternité des policiers et policières de Gatineau

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Vous ou vos proches avez besoin d’aide ? N’hésitez pas à appeler au 1-866-APPELLE (277-3553), ou encore Tel-Aide Outaouais (819-775-3223 à Gatineau et 613-741-6433 à Ottawa). Du côté d’Ottawa, vous pouvez aussi appeler la ligne de crise en santé mentale d’Ottawa en composant le 613-722-6914. Vous pouvez également consulter le site commentparlerdusuicide.com.