La société pétrolière TransCanada a pris la bonne décision en abandonnant son projet Énergie Est.

Surtout l’échec de TransCanada

ÉDITORIAL / La société pétrolière TransCanada a pris la bonne décision en abandonnant son projet Énergie Est. Si cela augurait bien lors du lancement en 2013, alors que le gouvernement de Stephen Harper favorisait ouvertement l’énergie pétrolière, trop de données avaient changé depuis quatre ans. Aujourd’hui, ce pipeline ne justifiait plus toutes les embûches qui restaient à surmonter, les contestations judiciaires qui auraient suivi... et un marché du pétrole abattu et sans perspective de reprise à long terme.

Le prix, d’abord. Le baril de pétrole se transige autour de 50 $, la moitié des cours de 2013. Réduire les frais de transport avec un oléoduc aurait certainement compensé cette chute des prix mais pour cela, TransCanada devait investir 15 milliards $.

Et puis il y a les perspectives à long terme de l’industrie. Les véhicules sont le premier marché du pétrole et depuis cinq ans, l’auto électrique a fait des bonds de géant. En nombre absolu, elle ne constitue encore que des miettes du parc automobile mondial mais à peu près tous les constructeurs s’y mettent. L’autonomie des moteurs électriques est encore un obstacle majeur mais la technologie évolue rapidement. Pour une industrie pétrolière qui évalue ses investissements sur des décennies, cette nouvelle concurrence s’avère assurément menaçante. 

Le projet Énergie Est a donné lieu à une contestation d’une rare ampleur au Québec, mais aussi en Ontario et chez les Premières Nations. Au Québec, le mouvement d’opposition a réuni des alliés que l’on avait à peu près jamais vus côte à côte. Ce n’était plus que les voix habituelles des militants pro-environnement. TransCanada n’a pas planifié, ou vanté, le fait que le Québec aurait pu profiter de cette manne d’or noir en le raffinant sur place et en la distribuant dans l’est du pays au lieu de s’approvisionner à l’étranger. Cela aurait créé des emplois dans la Belle Province : en lieu et place, tout ce que le Québec obtenait, c’est un tuyau vers le Nouveau-Brunswick... et tous les risques environnementaux à sa charge.

La pétrolière TransCanada a donc très mal vendu son projet. La leçon doit servir à d’autres : dans le cas d’un projet aussi important, il faut faire plus qu’entendre les doléances des citoyens, il faut prévenir les coups, bâtir l’acceptabilité sociale, un nouveau concept. 

TransCanada, sans doute peu habituée à un tel tollé dans l’Ouest, a semblé ébranlée par ces considérations environnementales au Québec qui pèsent bien moins lourd que les bénéfices économiques associés avec l’exportation des ressources pétrolières. Encore hier, la réaction en était une de stupéfaction. 

Comment le Québec peut-il se montrer si ingrat après tous ces paiements de péréquation qui lui sont versés ? Le « Quebec bashing » n’est pas mort avec le siècle dernier...

TransCanada n’a pas bien fait ses devoirs, ne rappelant pas que le fleuve Saint-Laurent est déjà traversé par d’autres oléoducs, que les accidents environnementaux y ont été rares, et que des mesures de sécurité supplémentaires étaient envisageables. 

Enfin, elle croyait qu’elle s’en tirerait bien devant la Commission nationale de l’énergie, tenue de faire l’examen approfondi du projet Énergie Est. L’élection des libéraux, à l’automne 2015, a préparé le remodelage de cette commission formée de membres à la solde de l’industrie, nommés par les conservateurs d’antan. Ces derniers s’en donnent aujourd’hui à cœur joie en blâmant les troupes de Justin Trudeau pour cet échec. Ils n’ont que partiellement raison. TransCanada doit en assumer la responsabilité par sa propre incompétence.