Ce sont des propos de Gisèle Lalonde qui ont inspiré l'article digne d'une première une de Denis Gratton.

Souvenirs d’une première « une »

CHRONIQUE / Mardi dernier, le 23 juillet, je célébrais le 28e anniversaire de ma toute première journée comme journaliste au quotidien Le Droit.

« Célébrer » est cependant un bien grand mot. On fait quoi pour souligner un 28e anniversaire ? 

On ne fait rien. Voilà ce que l’on fait. 

On entre au boulot, on fait son travail et on rentre à la maison. 

Et demain est une autre journée. 

Gardez le champagne sur la glace, on sortira les flûtes au 30e.

Lorsque j’ai mentionné cet anniversaire durant la réunion matinale de l’équipe de la rédaction, mardi dernier, un jeune collègue a lancé : « 28 ans ! Je n’étais même pas encore né ! »

Traduction : « t’es bien vieux, Gratton ! » Blanc-bec, va…

Puis un autre collègue m’a demandé si je me souvenais de mon tout premier texte publié dans nos pages. Si je m’en souviens ? J’avais fait la une de notre édition du lendemain ! Bien sûr que je m’en souviens. 

Ce n’était pas un honneur de voir mon nom à la une de « mon » Droit

C’était pour moi une véritable consécration !

On m’avait embauché comme correspondant régional de Vanier, Gloucester et l’Est ontarien. 

Mais avant de me consacrer à temps plein à ce poste, je devais d’abord compléter un contrat que j’avais entrepris au sein de la firme de communication de ma soeur, Ginette Gratton.

Un jour – soit le 22 juillet 1991 – une cliente de Ginette entre dans son bureau sans s’apercevoir que je prends place dans la pièce voisine. La cliente en question ? La mairesse de Vanier de l’époque, une dénommée Gisèle Lalonde. Une dame que ma soeur et moi appelons affectueusement « tante Gisèle ».

Mme Lalonde venait de fonder l’année précédente l’Association française des municipalités de l’Ontario (AFMO). Et ce matin-là, tante Gisèle était rouge de colère. 

La conversation entre elle et ma soeur, que je pouvais clairement entendre du bureau voisin, s’est déroulée à peu près comme suit :

« Ginette, peux-tu croire que Gloucester ne veut pas adhérer à l’AFMO ?

(La Ville de Gloucester était l’une des 11 municipalités de la région qui existaient à l’époque avant que celles-ci soient fusionnées à la Ville d’Ottawa en janvier 2001. Gloucester englobait le secteur très francophone d’Orléans.)

—Pourquoi refuse-t-elle de s’y joindre ?

—Le maire Harry Allen trouve que ça coûte trop cher. Peux-tu croire ça !? Quarante-cinq municipalités de partout en province s’y sont jointes. Des villes comme Toronto, Sudbury, Ottawa, Windsor. Mais Harry Allen, qui est le maire de milliers de francophones, refuse de s’y joindre alors que ça ne coûterait que des peanuts à sa ville !

—Vous devriez appeler les médias.

—Tu crois ? Je vais voir. Laisse-moi y penser et je te reviens demain. »

Trop tard, tante Gisèle. Un « média » avait tout entendu. Et pendant que vous quittiez le bureau de Ginette ce matin-là, votre « neveu média » composait le numéro de téléphone du bureau du maire de Gloucester, Harry Allen.

Dans l’édition du Droit du 24 juillet 1991, nos lecteurs apprenaient que la Ville de Gloucester tournait le dos à ses contribuables francophones pour épargner quelques sous. 

Que la francophonie coûtait trop cher aux yeux de leur maire.

Deux jours plus tard, sous la pression populaire et face à la grogne des Franco-Ontariens, le maire Allen faisait volte-face et annonçait que sa municipalité allait bel et bien adhérer à l’AFMO. 

Une autre « une » !

En cette fin juillet 1991, j’ai compris que j’allais bien m’amuser ici, au Droit.