Pierre Jury
Le Droit
Pierre Jury
La députée Amanda Simard s'est décrite comme une politicienne à gauche des conservateurs et à droite des libéraux.
La députée Amanda Simard s'est décrite comme une politicienne à gauche des conservateurs et à droite des libéraux.

Simard libérale, mais pourquoi?

ÉDITORIAL / Amanda Simard a fait ce que plusieurs s’attendaient depuis bien des mois, c’est-à-dire rejoindre le Parti libéral de l’Ontario. Elle avait tourné le dos au Parti progressiste-conservateur pour sa conduite, le jeudi noir du 15 novembre 2018, où il avait suspendu le financement de l’Université de l’Ontario français et mis fin au Commissariat aux services en français. Depuis, c’était le calme plat. Elle refusait toutes les invitations des libéraux, prétextant que sa réflexion n’était pas terminée. Mais ce n’était qu’une question de temps.

Ce temps est arrivé.

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Elle se décrit toujours comme « fiscalement responsable et socialement progressiste », ce qui place Mme Simard à gauche des conservateurs et à droite des libéraux, assez nettement au centre. Ce qu’elle n’est pas, c’est néo-démocrate ou verte, car ces partis n’ont pas enregistré dans sa réflexion. 

Où se retrouvera-t-elle avec un nouveau chef libéral dont ne nous connaissons pas l’identité ? Rappelons que le Parti libéral choisira son futur chef le 7 mars.

Ainsi, il y avait un sens certain lorsqu’elle cultivait le flou artistique sur son avenir politique. En demeurant évasive sur ses intentions prochaines, cela allait dans le sens de l’incertitude cultivée par la députée qui a maintenant 30 ans. Maintenant, elle met fin au suspense. Pourquoi à ce moment-ci ? C’est un mystère.

Amanda Simard a soutenu qu’elle tenait « à faire partie du renouvellement du parti alors qu’il se reconstruit, modernise et prépare pour les années et les générations à venir ». Et si elle ne s’entend pas avec le nouveau chef ? 

Six candidats se font la lutte pour la direction du Parti libéral. Ce sont Michael Coteau, Steven Del Duca, Kate Graham, Brenda Hollingsworth, Mitzie Hunter et Alvin Tedjo. M. Del Duca, qui a été ministre des Transports, puis du Développement économique avant de perdre sa circonscription de Vaughn, serait le favori. Mais cette course se déroule presque dans l’anonymat le plus total. Déjà trois débats ont eu lieu, sans générer une large couverture médiatique. 

Mme Simard a promis de s’impliquer dans la campagne à la direction de son nouveau parti. « C’est certain que je vais participer à la chefferie très attentivement et vous me connaissez, je ne suis pas du genre à rester dans les estrades, a-t-elle commenté. C’est clair que j’ai un intérêt à m’impliquer. »

Mais il y a une chose qu’elle n’a pas fait, avant de confirmer son passage chez les libéraux. C’est d’avertir l’Association libérale de Glengarry-Prescott-Russell de ses intentions. 

Disons qu’ils sont rouges de colère. Elle n’a pas consulté non plus Jean-Marc Lalonde, l’ancien député et bonze libéral dans l’est de l’Ontario. Elle fait son petit bonhomme de chemin, toute seule, dans son coin. Ce qui est conséquent avec son action politique depuis son élection. 

Hormis les dossiers francophones qui lui tiennent à cœur, elle ne semble pas très diligente à s’occuper des autres sujets qui préoccupent ses commettants. Et il y en a plusieurs. Cela lui coûtera des appuis plus tard, lorsqu’elle en aura besoin. 

Par chance, sa réélection ne viendra que dans deux ans et demi : elle a le temps de corriger ses erreurs. Elle pourrait mettre ça sur le dos de son manque d’expérience. N’empêche que ce moment arrivera plus vite qu’elle ne le soupçonne. Cette fixation sur les dossiers francophones risque de lui faire plus de tort que son passage des conservateurs jusqu’au Parti libéral de l’Ontario, compte tenu des longues racines du parti dans ce coin de la province.