Derrière chaque histoire, il y a des femmes qui auraient voulu dire non, ou pire encore, qui ont dit non, qui ont repoussé des avances, qui ont enlevé une main baladeuse de leur cuisse.

Se faire dire non

CHRONIQUE / Eh bien oui, #MoiAussi ça m’est arrivé de dire «non» et que le gars prenne ça pour un «oui», ou pas un «vrai non», comme si je voulais faire monter le désir d’une coche, pour qu’il travaille plus fort pour m’avoir. Hé l’ami, je ne suis pas en train d’acheter ta maison, on ne joue pas à offre/contre-offre.

Non, c’est non.

Si t’es pas sûr, arrête 10 secondes. Si la fille ne prend pas la balle au bond, c’est qu’elle ne veut pas jouer à la balle.

Ce que je retiens dans les histoires qu’on entend, c’est qu’on a affaire à des gars qui n’acceptent pas de se faire dire non. Plus ils ont du pouvoir, plus ils ont de l’argent, comme Salvail et Rozon, moins ils ont l’habitude de se faire dire non. 

Harvey Weinstein a dit à une des femmes qui repoussait ses avances, «ne gaspille pas notre amitié pour cinq minutes».

Comme si c’était une formalité. 

Un dû.

Il fut un temps pas si lointain où l’homme, quel qu’il fût, ne se faisait pas dire non. Pas besoin de remonter 100 ans en arrière, juste avant la Révolution tranquille, alors que papa avait toujours raison. 

Après le curé.

Le rôle de la femme était de satisfaire les besoins de son homme, lui faire à manger, s’occuper des enfants. Jusque dans les années 50, une femme qui se mariait était automatiquement congédiée. C’est arrivé à l’écrivaine Claire Martin, qui a annoncé la fin de la guerre en 1945 à la radio de Radio-Canada.

La femme, socialement, était effacée.

Dans Le Guide de la parfaite ménagère, publié par Larousse dans les années 50, on enseignait à l’épouse de «fixer l’emploi habituel de vos soirées selon ce qui conviendra à votre mari».

D’être à son service.

Même quand elle a obtenu le droit de vote en 1940, la Québécoise devait voter comme son mari. Elle devait penser, dire, comme son mari.

Elle était réduite au silence, en somme. Le même silence et la même résignation qui permettent encore à bien des hommes aujourd’hui, connus ou non, de penser qu’ils ont un droit de regard sur la femme.

Un droit de toucher.

De prendre.

Les temps ont changé, pas autant qu’on voudrait, mais ils ont changé. Les femmes peuvent aspirer à autre chose qu’à être la reine du foyer. Elles ont accès aux mêmes études, aux mêmes métiers. Elles peuvent aller dans l’espace, diriger un pays, aller prendre une bière à la taverne.

Elles ne peuvent pas devenir curés.

La femme n’a plus à attendre que l’homme la courtise, son père ne décide plus à qui elle donne sa main. Elle peut aimer qui elle veut, comme elle veut, elle peut laisser le gars si elle ne l’aime plus.

Elle peut dire non, quand un gars lui pogne le cul.

Elle peut choisir avec qui elle a le goût de faire l’amour, elle n’est pas obligée de faire la Marie-couche-toi-là. Mais, encore trop souvent, elle a l’impression qu’elle ne peut pas dire non, qu’elle doit fermer sa gueule et serrer les dents. 

Qu’elle doit faire comme si. 

Pour avoir un boulot, pour ne pas le perdre.

Ça nous éclate au visage depuis quelques jours, avec tous ces #moiaussi qui défilent sous nos yeux. Derrière chaque histoire, il y a des femmes qui auraient voulu dire non, ou pire encore, qui ont dit non, qui ont repoussé des avances, qui ont enlevé une main baladeuse de leur cuisse. Il y a des hommes qui ont fait comme si elles avaient dit oui, qui se sont crus tout permis. 

À ces hommes, maintenant, d’apprendre à se faire dire non.