«L’actuelle pandémie de COVID-19 est une situation stressante qui engendre de la détresse psychologique chez une bonne proportion des gens. Elle est d’ailleurs susceptible de causer des difficultés d’ordre psychologique non seulement à court, mais aussi à long terme. Nous savons, selon des recherches ayant porté sur des catastrophes précédentes, qu’il y aura une augmentation marquée de l’incidence de plusieurs troubles de santé mentale, dont les troubles dépressifs et anxieux, le trouble de stress post-traumatique et les difficultés du sommeil», écrivent les signataires.
«L’actuelle pandémie de COVID-19 est une situation stressante qui engendre de la détresse psychologique chez une bonne proportion des gens. Elle est d’ailleurs susceptible de causer des difficultés d’ordre psychologique non seulement à court, mais aussi à long terme. Nous savons, selon des recherches ayant porté sur des catastrophes précédentes, qu’il y aura une augmentation marquée de l’incidence de plusieurs troubles de santé mentale, dont les troubles dépressifs et anxieux, le trouble de stress post-traumatique et les difficultés du sommeil», écrivent les signataires.

Santé mentale: il faut impliquer les chercheurs en intervention psychosociale

Josée Savard, Ph.D.
Professeure titulaire, École de psychologie, Université Laval
POINT DE VUE / Nous écrivons aujourd’hui à titre de professeurs-chercheurs de l’École de psychologie de l’Université Laval et membres du Groupe de recherche en intervention psychologique (GREPSY), une équipe de recherche de l’Université Laval financée par le Fonds de recherche Québec – Société et culture.

Tel que mentionné par les porte-parole du Parti libéral du Québec en santé et santé mentale Marie Montpetit et David Birnhaum, l’actuelle pandémie de COVID-19 est une situation stressante qui engendre de la détresse psychologique chez une bonne proportion des gens. Elle est d’ailleurs susceptible de causer des difficultés d’ordre psychologique non seulement à court, mais aussi à long terme. Nous savons, selon des recherches ayant porté sur des catastrophes précédentes (par exemple: inondations), qu’il y aura une augmentation marquée de l’incidence de plusieurs troubles de santé mentale, dont les troubles dépressifs et anxieux, le trouble de stress post-traumatique et les difficultés du sommeil.

Ces troubles engendrent un fardeau psychosocial et économique d’une extrême lourdeur pour l’individu, sa famille, son milieu de travail et la société en général. Tant les gouvernements provincial que fédéral ont annoncé des investissements additionnels importants pour financer les soins en santé mentale dans le contexte de la pandémie. Nous saluons évidemment ces mesures.

Les données probantes démontrent que traiter les troubles de santé mentale représente un investissement grâce à une diminution des coûts directs (par exemple: réduction des consultations médicales et de l’utilisation de médicaments psychotropes) et indirects (par exemple: diminution de l’absentéisme) de ces troubles. Mais encore faut-il que les traitements offerts soient efficaces.

Si l’on veut que les programmes gouvernementaux atteignent leur cible de réduire la détresse psychologique et prévenir le développement ou la chronicisation des troubles de santé mentale, il est crucial de les baser sur les données probantes. L’allocation des ressources financières doit donc être guidée par la science et les interventions ayant un rapport coûts-efficacité favorable doivent être privilégiées.

Au Royaume-Uni, le programme du NICE (National Institute for Health and Care Excellence), mis sur pied il y a une dizaine d’années, vise à accentuer l’accès à la psychothérapie. À cet effet, des guides de pratique identifiant les types de psychothérapie appuyés empiriquement pour une variété de troubles psychologiques fréquents ont été rédigés.

Des formations ont aussi été offertes aux intervenants de tout le pays pour s’assurer que les interventions soient effectuées avec compétence.

Au Québec, il est urgent qu’un tel programme soit mis en place. Le Programme québécois pour les troubles mentaux (PQPTM) s’inspire des recommandations du NICE pour améliorer l’accès à la psychothérapie soutenue par des données probantes. Bien que des expériences pilotes aient été réalisées, le début d’un déploiement plus large du PQPTM était prévu pour l’automne 2019. Nous ignorons si le déploiement à plus grande échelle a été retardé, mais nous croyons que la pandémie de COVID-19 nous force maintenant à accélérer le processus.

En effet, il faut s’assurer que l’argent investi pour la santé mentale dans le contexte de la pandémie donne accès aux meilleures pratiques en psychothérapie, et ce, au plus grand nombre possible de personnes souffrant de ses effets. Cela est particulièrement vrai des travailleurs de la santé présentement en arrêt de travail pour des troubles de santé mentale et dont on souhaite un retour rapide à l’emploi.

Mme Montpetit et M. Birnhaum proposent de réunir les experts du domaine et élaborer rapidement un plan d’action concerté. Les chercheurs en intervention psychosociale sont disponibles et ont l’expertise pour aider les décideurs à bien orienter leurs efforts d’aide de nature psychologique. Il serait temps de les impliquer davantage.

Les autres signataires de la lettre sont Geneviève Belleville, Ph. D., Guillaume Foldes-Busque, Psy.D., Ph. D., Isabelle Denis, Psy.D., Ph. D., Charles M. Morin, Ph. D., Marie-Christine Ouellet, Ph. D., Martin D. Provencher, Ph. D., professeurs, École de psychologie, Université Laval.