Le ministère québécois de la Santé devrait mettre fin à l'éparpillement des finances à des fins autres que l’amélioration des soins de santé en Outaouais, croit l'éditorialiste Pierre Jury. Sur la photo, on aperçoit la ministre de la Santé du Québec, Danielle McCann.

Santé: donnons un peu de temps...

ÉDITORIAL / À peu près à pareille date l’an dernier, nous faisions un bilan fort négatif du statut particulier de l’Outaouais en santé. Depuis un an, avec l’accession de la Coalition avenir Québec au pouvoir, qu’est-ce qui a changé ? Rien.

Nous en sommes à peu près au même constat que l’année dernière, et l’année d’avant, et l’année d’avant aussi, et l’année d’avant encore... 

L’enveloppe spéciale avait été créée par Philippe Couillard en 2007, lorsqu’il était ministre québécois de la Santé. Le « Plan d’action Outaouais » représentait 20 millions $, récurents et maintenant indexés, si bien qu’il atteint aujourd’hui 24,8 millions $. C’est une belle somme... si au moins elle servait à faire ce à quoi elle devait servir au départ. C’est-à-dire pour l’attraction et la rétention de la main-d’œuvre, d’abord, mais aussi pour améliorer l’accès aux soins et l’aménagement du campus santé.

Ces dernières années, nous avons appris que le Plan action Outaouais a aussi servi à payer pour le centre de cancérologie de l’Hôpital de Gatineau (pour près du quart des 24,8 millions $). Mais dans ces 5,7 millions $ s’inscrivent toutes sortes de dépenses qui relèvent du fonctionnement du centre de cancérologie, notamment la facture d’électricité, l’entretien, la sécurité, etc. 

Cela avait surpris le Dr Gaétan Barrette, successeur de M. Couillard à la Santé. 

Également dans le 24,8 millions $ figurent 1,5 million $ pour l’urgence à Gatineau et l’agrandissement à l’urgence de l’Hôpital de Papineau.

Bref, la direction générale du Centre intégré de soins et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) se sert de cette enveloppe pour boucler des dépenses diverses où il y a des besoins particuliers. De là le sens du « statut particulier » !

Il y a un an, Le Droit a fait le portrait des dépenses assumées par l’enveloppe du statut particulier, confirmant l’éparpillement des ressources. Nouvellement élu, le ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, a parlé d’un fonds « dénaturé » à l’époque. Plus récemment, il a qualifié le statut particulier d’« un peu perdu dans la brume ». 

M. Lacombe précise que le dossier est sous analyse au ministère. Ce que confirme la nouvelle présidente-directrice générale du CISSSO, Josée Filion. Elle avance que des discussions sont en cours afin de « clarifier » le Plan d’action Outaouais. Mais elle se fait évasive sur des correctifs.

Le ministère québécois de la Santé devrait évidemment mettre fin à cet éparpillement des finances à des fins autres que l’amélioration des soins de santé en Outaouais. Cela signifierait un important virage financier. Cela voudrait dire d’augmenter de 12 ou 15 millions $ – soyons conservateurs ! – le budget régional afin de placer les dépenses dans les bonnes cases. Ce qui relève du fonctionnement récurrent serait biffé de l’enveloppe, pour n’y laisser que la rétention de la main-d’œuvre et l’amélioration des soins de santé. Ainsi, le CISSSO consacrerait le plein 24,8 millions $ à ces mesures. Cela signifierait la création de postes d’infirmières et d’autres professionnels, la fin virtuelle des heures supplémentaires obligatoires, etc.

Voilà ce qui tomberait sous le bon sens du Plan d’action Outaouais. 

Le nouveau gouvernement n’a rien fait ? Pas si sûr. Donnons à la CAQ, qui célèbre aujourd’hui son premier anniversaire au pouvoir, le temps d’agir. Il ne voit pas les choses comme son prédécesseur libéral...