Jean-François Roberge, ministre québécois de l'Éducation

Roberge s’entête

ÉDITORIAL / Après avoir déposé son projet de loi 40 sur la réforme scolaire, le gouvernement du Québec a amorcé cette semaine l’étape cruciale des auditions publiques à son sujet. Il encaisse, avec justesse, une volée de bois vert de tous les partis d’opposition. Et, en plus, des regroupements d’enseignants et de commissions scolaires du Québec.

L’opposition au projet de loi menacerait même les droits des francophones de partout au pays, selon l’Association des commissions scolaires anglophones du Québec.

«Ils craignent de perdre leurs droits, pas demain, mais à plus longue échéance. Les autres provinces regardent [le Québec] pour savoir si elles peuvent faire la même chose à leur minorité [francophone]», a dit Dan Lamoureux, son président.

Ça, c’est l’interprétation du Québec anglophone à ce qui se passe dans les commissions scolaires.

Il y a du vrai là-dedans. Si le Québec réussit à éliminer ses élections scolaires – qui souffrent, certes, d’une désaffection généralisée –, les autres provinces du Canada pourraient s’intéresser à cette érosion démocratique. Cela rognerait encore plus les pouvoirs déjà minces dont ils jouissent au Canada anglais. Ils n’ont presque pas de conseillers municipaux, et encore moins de députés provinciaux et fédéral. Il ne leur reste que le palier scolaire comme rempart à ce lent effacement.

Si les prétentions de M. Lamoureux sont véridiques, c’est une menace réelle pour les Franco-Ontariens et leurs confrères d’ailleurs au pays.

A-t-on essayé d’autres solutions, par hasard ? À part de déménager le vote scolaire en même temps que le vote aux municipales? L’exemple de l’Ontario prouve que cela ne fonctionne pas davantage. La participation aux élections scolaires avoisine les 25 %, au lieu des 5 ou 10 % du Québec : c’est mieux, mais encore trop peu.

Les anglophones s’opposent mordicus à la réforme proposée par le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, car elle rogne sur la démocratie scolaire. Exit les 72 commissions scolaires pour faire place à des «Centres de services».

Les anglophones pourront toujours élire leurs représentants par suffrage universel. Les francophones, quant à eux, pourront élire leurs émissaires aux centres de service, mais pas au suffrage universel. Ils seront formés de huit parents, de quatre membres de la communauté et de quatre membres du personnel scolaire.

Le pire, c’est que ce n’est même pas pour économiser des centaines de millions de dollars que le gouvernement de la Coalition avenir Québec s’est embarqué dans cette aventure. Québec estime qu’il y a 11 millions $ en économies possibles.

Non, c’est une question de pouvoirs avant tout. Le ministre Roberge s’est réjoui de ne plus avoir affaire à « 72 mini-ministères de l’Éducation », comme s’il était incapable de composer avec la structure décentralisée qui prévaut dans le domaine.

Il a ajouté que son projet de loi s’avérait la « plus grande opération de décentralisation gouvernementale des dernières années ». Nous y voyons plutôt le contraire. Le projet de loi 40 est une vaste opération de concentration des pouvoirs scolaires entre les mains du ministre et du ministère. C’était une mauvaise idée en santé, lorsque Gaétan Barrette y a eu recours au cours des dernières années, c’est une aussi mauvaise idée de l’essayer en éducation.

Le défi sera de faire entendre un peu de raison au ministre Jean-François Roberge. Le gouvernement est majoritaire et il n’a pas l’obligation de faire plus que d’écouter les voix discordantes qui l’appellent à la raison. Il le fera pour la forme. Mais il semble bien que le ministre n’a aucune envie de l’améliorer, sous prétexte d’édulcorer le projet de loi 40.