Revoir nos projets d’infrastructures à l’ère de l’après-COVID

Dieudonné Ella Oyono
chargé de cours à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM
POINT DE VUE / Alors que l’automne pointe son nez, que les écoles ouvrent et que la Santé publique du Québec se prépare à une éventuelle deuxième vague de la pandémie, le gouvernement évoque de plus en plus son ambition d’accélérer les projets d’infrastructures.

C’est connu, en cas de crise économique, la relance passe souvent par l’intervention de l’État. On pourrait donc être tenté, avec raison, d’agir comme lors des précédentes crises. Mais le contexte particulier de la COVID-19 fait que ce serait une erreur, et ce pour plusieurs raisons.

Premièrement, tant et aussi longtemps qu’il n’y aura pas de vaccin ayant fait ses preuves, nous devrons continuer à appliquer les mesures sanitaires, un véritable casse-tête pour les activités économiques et surtout commerciales.

Ensuite, l’incertitude entourant le virus, sa capacité de mutation et l’immunité des anciens malades amène les entreprises à reporter certaines décisions d’affaires, ce qui a pour conséquence de prolonger la crise et par le fait même les interventions gouvernementales.

Finalement, la pandémie est venue bousculer les habitudes d’achat et surtout les habitudes de déplacement des Québécois. Jusque-là boudé par les employeurs privés et publics, le télétravail est de plus en plus populaire et même si certains retourneront au bureau tôt ou tard, plusieurs autres feront le choix de travailler à distance.

C’est dans ce nouveau contexte qu’il faudrait évaluer notre portefeuille de projets publics à accélérer au cours des prochaines années. Il ne s’agit pas ici de remettre en question des projets, mais de les réévaluer en ajoutant un «critère COVID».

Prenons l’exemple des infrastructures de transport comme le métro, le tramway ou le train. Des investissements dans ces projets se justifient généralement par la densité de la population à desservir et l’effet positif sur l’environnement. Or, si de plus en plus de gens travaillent à distance, cela a un effet sur l’achalandage projeté et par conséquent peut amener à privilégier un mode de transport différent de celui planifié avant la pandémie.

Pourquoi investir dans de nouvelles routes et autoroutes si de moins en moins de Québécois sont appelés à les utiliser au cours des prochaines années?

Le même raisonnement s’applique aux infrastructures numériques. Nous savons qu’il y a encore des régions qui n’ont pas accès à Internet haute vitesse. Si la tendance au télétravail et le commerce électronique s’accélèrent, ce qu’on peut anticiper, n’est-ce pas le moment idéal pour investir dans ce type d’infrastructures plutôt que dans la construction de nouvelles routes?

Oui à l’intervention de l’État, mais pour assurer un développement économique équitable entre toutes les régions du Québec, il faudrait investir maintenant dans les projets d’infrastructures qui tiennent compte de la nouvelle réalité et qui positionnent nos entreprises pour qu’elles saisissent les nouvelles opportunités qui finiront par se présenter.

Dieudonné Ella Oyono est aussi économiste