Pierre Jury
La façade de la Maison olympique canadienne à Montréal alors que le Comité olympique canadien a annoncé que leurs athlètes ne participeront pas aux Jeux de Tokyo 2020 en raison des risques liés à la COVID-19.
La façade de la Maison olympique canadienne à Montréal alors que le Comité olympique canadien a annoncé que leurs athlètes ne participeront pas aux Jeux de Tokyo 2020 en raison des risques liés à la COVID-19.

Retrait des Jeux olympiques: le Canada, un pionnier

ÉDITORIAL / Le Canada n’ira pas aux Jeux olympiques de Tokyo, s’ils ont toujours lieu cet été. Ainsi en a décidé le Comité olympique canadien, dimanche. L’Australie a suivi la décision controversée du Canada, lundi.

La raison ? Le coronavirus, bien sûr, qui remet en question tout sur son passage. Même si ces Jeux ne devaient pas s’ouvrir avant le 24 juillet, il y avait toute une période préalable qui était remise en question à cause de la COVID-19: essais olympiques, championnats nationaux, camps d’entraînement, etc. Tous ceux-là étaient aussi dans les airs et s’avéraient même plus en danger que les Jeux olympiques eux-mêmes. Car si on pouvait considérer que le virus mortel serait chose du passé dans les quatre mois qui nous séparent de la cérémonie d’ouverture, c’était une tout autre affaire des camps d’essais et des compétitions.

Le Canada devient en quelque sorte, de tout le mouvement olympique, le leader mondial du mouvement de lutte à la COVID-19. C’est un rôle inhabituel pour lui, plus grand que ce auquel il est confronté d’ordinaire. Mais le Canada, dans ce rôle de pionnier, pourrait bien être le précurseur d’autres pays qui lui emboîteront le pas pour envoyer le message que la santé publique est trop mal en point, ces mois-ci, pour organiser des compétitions sportives.

«Je pense que le report d’un an est le plus réalisable car il donne le plus de temps pour vous organiser», a lancé Richard Pound, membre du CIO pour le Canada.

Le Comité international olympique n’attend, en quelque sorte, que cela pour mettre fin à l’aventure de Tokyo 2020 et les remettre à l’an prochain. Le président du CIO, Thomas Bach, s’est limité à dire qu’il se donnait encore quatre semaines pour décider si les Jeux auraient lieu. Il n’est pas allé plus loin, non pas parce qu’il espère encore les tenir, mais parce que le CIO se cherche une justification pour les remettre.

Lorsque plusieurs des plus grands pays du monde auront dit comme le Canada, le CIO sera alors dédouané. Et le CIO pourra dire qu’il aurait bien voulu aller de l’avant avec la tenue des JO, mais que faute de joueurs, il devait les remettre à plus tard. C’est la théorie qu’avance Jean Gosselin, expert en communication à Montréal.

Car le CIO, c’est aussi une affaire de gros sous. Il cherche à se protéger d’éventuelles poursuites et il écoute davantage ses conseillers financiers que ses conseillers sportifs à ce moment-ci.

Le Comité international olympique n’en voudra pas au Canada. Même qu’il lui dira discrètement merci d’avoir amorcé le mouvement de désaffection face aux Jeux olympiques de 2020. Il lui reste d’ailleurs 2021 pour se reprendre.

Ce n’est d’ailleurs pas un sacrilège de sauter une année: en 1994, le CIO a décidé de tenir les Jeux d’hiver deux ans après ceux de 1992, à Albertville, en France. Il accommodait ainsi les pays qui trouvaient éprouvant de payer pour deux équipes olympiques la même année. Ainsi, depuis 1994, les Jeux d’hiver se déroulent aux quatre ans, mais deux ans après les Jeux d’été. Le tour était joué. Les Jeux olympiques, d’été comme d’hiver, ont d’ailleurs sauté leur tour en 1940 et en 1944, en raison de la Seconde Guerre mondiale, et en 1916, ceux prévus pour Berlin ont aussi été annulés à cause de la Première Guerre mondiale.

Alors qu’une fois, en raison d’une raison de santé publique majeure, on décide de tenir les Jeux olympiques une année plus tard, cela semblera une décision tout à fait logique dans quelques olympiades.