Réflexions d’un aîné autonome de 77 ans

OPINIONS / Je suis né dans une société où la liberté avait une valeur et les considérations pour l’être humain avaient leur place.

Aujourd’hui, la COVID-19 fait loi avec la multiplication des directives sanitaires plus ou moins logiques sinon contradictoires. Il me semble également que les diverses mesures sanitaires soient improvisées. Elles ne relèvent pas de la science peut-être à raison de 20 %, mais plutôt de la politique. Il n’y a qu’à lire sur internet les différentes interprétations médicales et autres sur la COVID-19 pour s’en convaincre.

Je comprends que la situation pose un grand défi aux personnes œuvrant dans le domaine politique, mais le confinement et la pause économique sont des solutions drastiques dont les effets pervers n’ont pas été évalués ou pas suffisamment. Dans cet écueil croissant, les aînés, sans distinction aucune, ont été mis à l’écart de la Vie dans l’ensemble des résidences publiques et privées avec un confinement dont on a mal évalué les conséquences. Les aînés autonomes se sont tout simplement fait bousiller leurs vies; on les a mis à la retraite forcée. Dommage, car ils apportaient beaucoup sur le plan économique, notamment auprès des organismes sans but lucratif. Ils seraient à peu près quelque 48 000 personnes de cette cohorte selon certains.

Plusieurs aînés vivant en RPA ont peu ou très peu d’activités. Cela est la norme. Leur ami commun c’est la télévision, un peu de marche, l’épicerie, etc. Des repas où la distanciation, à prédominance sans contact avec les autres résidents, est aussi une règle commune. Je crois que cela ne va pas changer de sitôt. Je ne crois pas non plus que cette façon de faire soit une formule gagnante sur le plan humain.

Ces résidences avec la COVID-19 sont ou deviennent des endroits que je qualifierais de mouroirs vivants. On se croirait dans un monastère où le silence est lourd et où chacun fait tout son possible pour éviter les contacts humains. Il n’y a plus de place à la créativité donc à la Vie. Et, je ne parle pas des CHSLD que les gouvernements successifs ont largement contribué à mettre en péril faute de s’en occuper adéquatement en y octroyant les ressources appropriées. Il faut aussi savoir que plusieurs aînés vivent une profonde solitude et choisissent de mettre fin à leurs jours. Même si l’on n’en fait aucunement état, il n’y a pas de quoi pavoiser. Le spectacle est désolant. On peut se demander quelle est la place des aînés dans notre société.

De plus, les réactions et les commentaires dans ces résidences sont pénibles à entendre. À certains égards, les résidents se sentent traités comme des enfants par le gouvernement et les propriétaires de ces habitations. En aucun temps, dans ces résidences, nous ne leur avons donné le droit de nous traiter ainsi. J’ai fait toute ma vie sans être infantilisé et je ne m’attends pas à l’être maintenant pour finir ma vie ainsi parce que j’ai 70 ans et plus. C’est du pur âgisme. Comme si ces personnes qui nous dirigent ne deviendront pas «aînées» à leur tour.

En fait, les autorités diverses ont tout simplement fait sauter mes activités de vie parce que j’avais plus de 70 ans lorsqu’ils en ont décidé. Sous prétexte de nous protéger, j’en doute. Mais de quel droit? Le résultat net est que je ne me sens plus utile socialement. C’est grave, car j’avais fait de ma vie cette motivation. Cela, c’est de la vraie distanciation sociale. Beau résultat pour une personne aînée qui a été écarté du bénévolat qu’il faisait dans trois organismes parce qu’il avait 70 ans et plus. Quelle disgrâce! À vouloir tout contrôler, on en arrive à des distorsions voir des injustices.

Dans toute cette saga, les gouvernements, la santé publique et les propriétaires de RPA ont oublié la Vie et que l’être humain, plus complexe, ne se réduit pas à de simples directives médicales et au pouvoir qui en est relié. Chaque être humain a droit à sa dignité et pas seulement à l’affirmation de sa dignité dans des mots. On n’a même plus le droit de s’asseoir dans un centre commercial que l’on ait une canne pour marcher ou une marchette.

Ne peut-on pas nous laisser agir comme des êtres responsables ? Je m’inquiète que la promotion de la peur, ce à quoi on assiste tous les jours, soit l’un des instruments majeurs pour convaincre et combattre le virus. M. Arruda, dans une entrevue à la télévision, est le premier à dire que la peur est une mauvaise conseillère, mais il est aussi le premier, avec d’autres, à parler de deuxième vague alors que le Québec est, dans la courbe statistique de «la cloche» comme au début de la pandémie, et ce, même s’il y a quelques hausses. Pourquoi aussi en parler tout le temps comme si la peur est une motivation de vie? Avec cette attitude, on crée de la désespérance, pas de la Vie. N’en déplaise à certains, trop communiquer a pour effet d’inciter à ne plus s’occuper du contenu diffusé.

Je crois que globalement il y a une perte de repères et je cite une journaliste: «La pandémie nous use, nous déprime, nous déstabilise, et ultimement nous tue, physiquement et psychologiquement.» Doit-on en arriver là pour chasser le virus? Je ne crois pas à cette façon de faire.

À force de contraindre, les réactions sont de plus en plus vives et en désaccord avec les objectifs poursuivis par les gouvernements. On assiste alors à des défouloirs massifs de personnes qui se cherchent, ne se retrouvant pas dans le leadership de celles qui devraient les assister. Bref, en parler tous les jours n’est peut-être pas non plus une bonne solution. On en vient à délaisser et détester le message ou le messager.

Je suis de ceux qui croient que les aînés ont le droit de choisir leur fin de vie de la façon qu’ils le veulent, donc de vivre en prenant des risques. La peur n’est pas une façon de vivre. Cela conduit à la peur d’avoir peur. Et, comme me disait récemment une résidente, «Le masque me protège de la mort». Belle façon de vivre. C’est peut-être une garantie à vie de ne pas vivre du tout.

Richard Lévesque
Québec