Le ministre québécois de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion, Simon Jolin-Barrette

Réflexion sur la sélection des immigrants au Québec

OPINION / Dans un discours prononcé en mai 1947, Lyon Mackenzie King se disait favorable à une augmentation de la population du Canada par le biais d’une immigration fortement sélectionnée, affirmant qu’il a le devoir de s’assurer que les immigrants puissent s’intégrer aux capacités économiques et au tissu social du pays.

« L’ensemble du Canada ne désire pas qu’une immigration massive modifie de façon fondamentale le caractère ethnique de notre population. » Ce discours sera à l’origine de la loi sur l’immigration adoptée par le parlement fédéral en 1952. 

Au Québec, plusieurs semblent avoir oublié que c’est le gouvernement fédéral qui encadre/gère le dossier de l’immigration au Canada. Ce n’est que depuis l’entente Cullen-Couture en 1978 que le Québec a un certain droit de regard sur la sélection des nouveaux arrivants souhaitant s’établir au Québec. Le certificat de sélection émis par Québec ne procure aucun statut légal en matière de citoyenneté. Pour obtenir la citoyenneté canadienne, les demandeurs doivent satisfaire aux exigences émises par Immigration Canada dont notamment un test de connaissances sur le Canada et démontrer une maîtrise suffisante de l’une ou l’autre des langues officielles.

Les ajustements apportés aux critères d’admissibilité au Programme d’expérience québécoise (PEQ) soulèvent les passions mais qu’en est-il exactement ? Les recteurs des universités francophones au Québec semblent dire que l’exclusion de certains programmes d’études du PEQ entraînera une réduction du nombre d’étudiants étrangers sur leur campus. La rectrice de l’Université Laval affirme qu’à terme cela pourrait entraîner une baisse de 30 % du nombre d’étudiants étrangers sur son campus. Ils sont environ 4 000 sur un total de plus de 40 000 étudiants. Comme si la seule raison incitant les étudiants étrangers à venir étudier dans les universités francophones du Québec était la possibilité d’obtenir un certificat de sélection. La remarque a de quoi surprendre. 

Les meilleurs cerveaux choisissent d’étudier dans les meilleurs programmes avec les meilleurs professeurs et les meilleurs étudiants. Pourquoi pensez-vous que tant de gens souhaitent étudier au M.I.T., à Harvard ou à Oxford? Certainement pas parce que les frais de scolarité sont bas ou que cela permet d’obtenir plus facilement la citoyenneté du pays.

À titre d’exemple, Karim Zaghib dirige le centre d’excellence d’Hydro-Québec en électrification des transports et en stockage d’énergie. M. Zaghib est un électrochimiste algérien d’origine, qui a obtenu un doctorat de l’Institut polytechnique de Grenoble et une habilitation à diriger des recherches de l’Université Pierre et Marie Curie. À trois reprises en 2015, 2016 et 2017 son nom a été inscrit sur la liste de The World Most Influencial Scientific Minds de Clarivate Analytics. Pourquoi à votre avis a-t-il choisi le Canada/Québec en 1995 pour poursuivre sa carrière ? L’excellence attire l’excellence. Le reste suit.

Avez-vous remarqué le silence radio du recteur de l’université McGill, pourtant et de loin l’université québécoise si ce n’est canadienne qui accueille le plus grand nombre d’étudiants étrangers. Ce n’est pas seulement parce que McGill est anglophone. McGill est de toutes les universités canadiennes celle qui compte le plus grand nombre de boursiers Rhodes et de gagnant de Prix Nobel au Canada. On la surnomme la Harvard of the North. Les étudiants étrangers qui choisissent d’y étudier sont attirés par sa réputation d’excellence bien plus que le fait que McGill soit au Canada, au Québec et à Montréal. En critiquant la réforme proposée nos administrateurs universitaires visent la mauvaise cible. Il n’y a pas de bonne réponse à la mauvaise question…

Tout le débat sur la pénurie de main d’œuvre et la nécessité de combler le vide par l’apport d’immigrants même si cela fait partie de la solution, me semble réducteur. On semble oublier que le Québec fait partie du Canada. Le Québec devrait tirer profit de sa situation économique avantageuse pour attirer des Canadiens des autres provinces de la même façon que des Québécois ont migré vers l’ouest ou le sud à une autre époque.

L'auteur est Alain Guimont, de Gatineau.