Maxime Pedneaud-Jobin

Quel programme pour Gatineau?

ÉDITORIAL / Si Maxime Pedneaud-Jobin persiste à dire que son programme électoral l’a emporté dimanche, les quatre prochaines années lui sembleront bien plus longues que les quatre dernières. Parce que ce n’est carrément pas ce que le résultat électoral démontre. À moins qu’il n’ait besoin de nouvelles lunettes ?

Avec 45 % du vote populaire exprimé, le maire a remporté une victoire sans équivoque, personne ne peut remettre cette légitimité en doute. Les Gatinois lui ont fait confiance pour un second mandat parce que des cinq candidats à la mairie, Maxime Pedneaud-Jobin a joui de deux principaux atouts. D’abord, et de façon très générale, il a démontré une prestance et une assurance dans la fonction. Entre l’époque des bravades d’Yves Ducharme et la mairie timide et effacée de Marc Bureau, M. Pedneaud-Jobin avait trouvé un juste milieu. Il a été dit pendant la campagne qu’il « avait l’air d’un maire », une manière simpliste de résumer sa prestance, car il n’existe pas de règles écrites ou non sur « l’apparence » officielle d’un premier magistrat. Ce n’était pas un jugement dérogatoire sur ses adversaires non plus ; simplement qu’à première vue, les Gatinois estimaient bien subjectivement que Maxime Pedneaud-Jobin avait la tête de l’emploi.

Mais il accuse du même coup un recul de 8 % dans l’opinion publique. Un 8 % qui le bascule du camp des majoritaires à celui des minoritaires. S’il pouvait se targuer qu’une majorité de Gatinois l’avaient choisi en 2013, ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Évidemment, ces calculs font fi de l’anémique participation des Gatinois au scrutin de 2017. À peine 38,7 % des électeurs se sont donné la peine de se déplacer. Jusqu’où cette participation doit-elle s’écrouler pour que la légitimité des élus soit remise en question ? Mais nous n’en sommes pas là. Du moins, pas encore.

Le second atout de M. Pedneaud-Jobin porte sur le programme électoral d’Action Gatineau. La même tête de l’emploi, mais avec un programme tout croche, et il perd ses élections. C’est l’essentielle combinaison de ces deux éléments qui lui ont permis de l’emporter.

Mais les Gatinois n’ont pas « acheté » ce programme en bloc sinon ils lui auraient aussi procuré les conseillers pour le mettre en œuvre. 

Le maire s’attend à ce que les indépendants « reconnaissent qu’il y a un programme grande ville qui a été choisi par les citoyens et que c’est le mien », a-t-il lancé d’emblée, dimanche. Une bien mauvaise réponse pour entamer un nouveau quadriennat.

À moins de 50 % du vote populaire et moins de 50 % de voix au conseil, le programme d’Action Gatineau ne s’avère qu’un « point de départ », comme l’a qualifié avec justesse le conseiller Daniel Champagne, aussi réélu facilement. Les débats du dernier mandat surgiront une nouvelle fois : sur le déneigement, sur les tours Brigil, sur le Rapibus à l’est, sur le train léger vers l’ouest, sur le réseau des bibliothèques, sur le Plan triennal d’immobilisations, sur les infrastructures, etc. C’est là que l’on verra si Maxime Pedneaud-Jobin a plus que la tête de l’emploi et s’il sait encore bâtir une majorité d’appuis au conseil, à défaut de consensus.

En 2013, il avait déjà démontré de telles compétences. Il avait convaincu un autre conseil à majorité constitué d’indépendants d’appuyer plusieurs des éléments du programme d’Action Gatineau. Il sera confronté au même défi en 2017. Encore plus minoritaire, ce sera un peu plus difficile. Il faudra du temps et ça ira moins vite qu’il ne l’espérait. Mais ce n’est pas en imposant ses gros sabots que ça passera mieux. Au contraire. Le dialogue et les compromis sont au menu jusqu’en 2021.