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Jean-Marc Salvet
Le Soleil
Jean-Marc Salvet
Justin Trudeau en conférence de presse, mardi
Justin Trudeau en conférence de presse, mardi

Quel Canada pour demain?

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CHRONIQUE / Pour illustrer à quel point le remaniement ministériel auquel a procédé Justin Trudeau mardi pèsera peu dans la balance le jour des prochaines élections fédérales, on n’a qu’à anticiper le bruit qu’est susceptible de produire le rapport que rendra public dans quelque temps le Commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique sur l’affaire WE Charity.

Si le premier ministre devait être épinglé une troisième fois par ce gardien de l’éthique, ce bruit pourrait se transformer en boucan.

Le premier ministre Trudeau a déjà été blâmé en décembre 2017 pour un voyage effectué sur l’île privée de l’Aga Khan, ainsi qu’en août 2019 pour s’être «prévalu de sa position d’autorité» afin de tenter d’influencer la procureure générale Jody Wilson-Raybould dans l’affaire SNC-Lavalin.

Ces affaires n’ont certes pas empêché la réélection de son gouvernement en octobre 2019.

Mais un troisième blâme, si tel devait être le verdict auquel en arrive le commissaire Mario Dion dans l’affaire WE Charity, serait exploité à fond par les partis d’opposition.

Efficace

En campagne électorale, ce remaniement ne pèsera évidemment rien du tout par rapport à la gestion de la pandémie du gouvernement Trudeau. Le premier ministre du Canada pourra d’ailleurs faire valoir aux électeurs que les initiatives de son gouvernement ont évité un effondrement économique.

Ottawa est essentiellement intervenu — et massivement — sur le plan des aides économiques. Le gouvernement Trudeau a même fini par en faire trop dans certains domaines. Il vaut néanmoins mieux trop que pas assez.

Les commandes de vaccins vont bon train, de surcroît. Guidée par le gouvernement, la haute administration fédérale a été et est efficace sur ce front.

Tous

Tous les remaniements nous rapprochent toujours plus de l’échéance électorale. Tous sont entre autres pensés avec cette perspective en tête. Les gouvernements n’ont pas le choix de s’y préparer. Surtout lorsqu’ils sont minoritaires.

Le remaniement ministériel auquel vient de procéder M. Trudeau se défend très bien en soi. Il est même potentiellement porteur pour le Québec avec François-Philippe Champagne au ministère de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie. Et il l’est pour le Canada en général avec Marc Garneau à la tête de la diplomatie.

Plus présent sur la scène nationale, François-Philippe Champagne constituera un atout électoral pour le Parti libéral du Canada.

Mais ce remaniement ne pèsera pas plus que les précédents dans l’esprit des électeurs.

Il ne pèsera pas lourd relativement à d’autres variables.

La carte O’Toole

À côté de la gestion de la pandémie et des admonestations passées et peut-être à venir du Commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique, il serait bon que le prochain scrutin porte aussi sur la vision du Canada des chefs fédéraux.

C’est ce que souhaite le premier ministre du Québec, François Legault. C’est ce que souhaitent également certains de ses homologues ailleurs au Canada. Ils n’ont pas tort.

Quel Canada pour l’après-pandémie? Oui, il serait bon que la question se pose vraiment en campagne électorale.

Car, à force, la tentation des libéraux fédéraux de s’immiscer dans les affaires provinciales ou la sourde oreille qu’ils font à des demandes fondamentales (pensons aux transferts en santé) risquent de finir par provoquer de vraies crises politiques entre Ottawa et les capitales des provinces — et particulièrement avec le Québec.

Les conservateurs menés par Erin O’Toole possèdent des atouts à ce chapitre. Ils font miroiter un Canada prenant davantage appui sur les provinces. À eux de démontrer qu’ils peuvent constituer une solution de rechange réellement porteuse.

Ils ont encore du temps, cela étant. Il serait inadmissible que des élections soient déclenchées avant que tous les Canadiens souhaitant être vaccinés aient pu l’être, ce qui nous amène donc en toute logique et en toute décence à l’automne prochain pour un rendez-vous électoral.