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Énergir et Gazifère continuent de raccorder des milliers de nouvelles maisons chaque année.
Énergir et Gazifère continuent de raccorder des milliers de nouvelles maisons chaque année.

Québec devrait inclure le gaz naturel dans l’interdiction du chauffage au mazout

Jean-Pierre Finet
Jean-Pierre Finet
Analyste en énergie, Regroupement des organismes environnementaux en énergie (ROEÉ)*
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Le gouvernement du Québec a annoncé que, dès la fin de cette année, les systèmes de chauffage au mazout seront interdits dans les nouvelles maisons au Québec. Bien qu’il s’agisse là d’une mesure louable dont nous appuyons le principe, elle est purement symbolique : elle ne réduira aucunement les émissions de GES liées à la nouvelle construction. En effet, aucun ménage n’a installé d’appareil de chauffage au mazout entre 2014 et 2018 dans leur nouvelle résidence selon l’analyse d’impact réglementaire réalisée par le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC).

Pendant ce temps, Énergir et Gazifère continuent de raccorder des milliers de nouvelles maisons chaque année et d’ainsi rajouter des milliers de tonnes de CO2 dans l’atmosphère, ce qui nous apparaît inacceptable dans le présent contexte climatique.

La Politique-cadre d’électrification et de lutte aux changements climatiques, aussi appelée Plan pour une économie verte (PÉV), priorise l’électrification du chauffage et des procédés. Le PÉV vise une réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) de 37,5 % en dessous des niveaux de 1990 à l’horizon 2030. Pour ce faire, le Québec doit réduire ses émissions de 29 millions de tonnes de GES. Cependant, le PÉV ne prévoit qu’une réduction de 12,4 millions de tonnes, soit 42 % des efforts requis. Il reste donc beaucoup de travail à faire.

Ce n’est pourtant pas compliqué. Année après année, environ 90 % des nouvelles constructions sont chauffées à l’électricité. Le chauffage électrique au Québec, c’est la norme. L’anomalie, c’est le chauffage au gaz naturel qui représente dorénavant 100 % des émissions de GES en chauffage dans les nouvelles résidences.

La France, les Pays-Bas et la Suède ont banni le gaz naturel dans la nouvelle construction résidentielle et commerciale. Qu’est-ce que le gouvernement Legault attend pour appliquer cette mesure à laquelle personne ne s’oppose, à part peut-être Énergir et Gazifère, qui font partie du problème ?

Le 7 avril dernier, une quarantaine de groupes environnementaux se sont associés pour réclamer le bannissement du gaz naturel dans la nouvelle construction. L’interdiction du mazout dans le secteur résidentiel représente un premier pas dans la décarbonisation de ce marché, mais cette mesure est nettement insuffisante.

Nous demandons au gouvernement un pas de plus : qu’il effectue une analyse d’impact réglementaire afin d’évaluer les tenants et aboutissants d’une réglementation qui interdirait immédiatement le gaz naturel dans la nouvelle construction, au même titre qu’il l’a fait pour éliminer le mazout. Cette analyse d’impact réglementaire devrait aussi considérer la possibilité d’interdire le remplacement d’appareils de chauffage au gaz naturel dans les habitations existantes, sauf lorsqu’utilisées en mode biénergie. Nous pourrons ainsi comparer la valeur des effets nets positifs d’un bannissement purement symbolique du mazout avec un bannissement plus efficace du gaz naturel.