Le chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, attend toujours une invitation de la Commission des débats des chefs.

Que Bernier soit permis aux débats

ÉDITORIAL / Lundi sera la date-butoir pour que la Commission des débats des chefs accepte de nouveaux participants. En fait, il n’y a qu’une personne qui attend encore une invitation : Maxime Bernier. Souhaitons que la commission l’accepte.

Le chef du Parti populaire du Canada milite pour sa participation, et les avis sont partagés. Certains soutiennent qu’il s’est discrédité, notamment lorsqu’il a qualifié la jeune militante pour l’environnement, Greta Thunberg, de « mentalement instable ». Ce n’était que la plus récente salve qu’il a décochée, il y en a plusieurs autres sur l’avortement, sur les mouvements islamistes, etc.

D’autres arguent cependant que le droit de parole des élus est primordial. Et que le candidat Bernier mérite d’aller défendre ses positions devant les Canadiens. Nous en sommes.

Et si Maxime Bernier y promeut des idées saugrenues, et bien soit ! Cela sera transparent et les Canadiens pourront tirer leurs propres conclusions sur lui et son parti. 

Nous ne partageons pas les idées de Maxime Bernier, qui se réclame d’un esprit libertarien. Cette pensée met la liberté individuelle au-dessus de toutes les autres. Cela s’exprime notamment par une opposition à l’État-providence. Au Canada, M. Bernier l’articule autour de son opposition à l’aide de l’État aux entreprises — associé au « corporate welfare » de sociétés comme Bombardier —, à la gestion de l’offre (qui garantit aux producteurs de lait, d’œufs et de volaille des prix planchers), mais aussi aux politiques d’immigration et à la péréquation, de même qu’à la réglementation des industries de communication.

Au contraire, nous croyons qu’il faut que l’État canadien joue un rôle de niveler l’égalité des chances, pour aider les moins fortunés à atteindre un niveau de vie décent. Cela passe par des impôts progressifs, par une main-d’œuvre syndiquée, par de l’aide des gouvernements via des programmes d’assurance-emploi, des programmes sociaux, etc. Nous croyons à l’interventionnisme de l’État, jusqu’à une certaine mesure.

Mais nous n’en sommes pas là avec Maxime Bernier. 

Tout d’abord, il faut régler sa présence aux débats des chefs fédéraux. Il n’est pas question de lui fermer la porte, tout en l’ouvrant toute grande à Andrew Scheer et Justin Trudeau, à Jagmeet Sing et Elizabeth May, ainsi qu’à Yves-François Blanchet. 

Certes, il y a des critères précis pour justifier une participation. Mais le comité joue sur les mots. En précisant que seront admis aux débats tous ceux qui ont un député qui a été élu sous la bannière, cela donne l’impression que le texte a été écrit de manière à écarter M. Bernier. Il a été élu comme candidat du Parti conservateur, mais se présente maintenant comme chef du PPC. 

Le Parti populaire du Canada n’enregistre qu’environ 3 % d’appuis lors des récents sondages. C’est bien peu, mais M. Bernier a de bonnes chances d’être réélu dans sa circonscription de la Beauce. S’il est le seul élu de son parti, sa situation ne serait pas très différente de celle d’Elizabeth May, chef du Parti vert, qui a la seule élue de son parti depuis 2011.

La Commission des débats des chefs s’est embrouillée dans ses critères de sélection. Elle doit errer dans le sens de l’inclusion plutôt que le contraire, pour offrir aux Canadiens le plus large éventail d’idées. L’objectif n’est pas de bâtir des consensus. Ça, ce sera le travail du prochain gouvernement. Pour le moment, le temps est au partage d’idées et celles de Maxime Bernier, quoiqu’extrêmes à certains égards, méritent d’être largement connues.