Pierre Jury
Au Canada, il semble  que nous approchons du haut de la courbe et qu’elle se mettra à descendre d’ici 7 à 10 jours.
Au Canada, il semble  que nous approchons du haut de la courbe et qu’elle se mettra à descendre d’ici 7 à 10 jours.

Projections et mobilisation

ÉDITORIAL / L’actualité des deux dernières semaines a été monopolisée par la publication de prédictions optimistes et pessimistes du nombre de morts potentielles que la COVID-19 pourrait nous infliger. L’Ontario, puis le Québec, y sont allés de leurs prévisions.

D’autres provinces s’y sont mises.

Toutes suivent l’exemple des États-Unis, qui ont livré leurs estimés il y a 10 jours. Chez nos voisins du Sud, leurs experts ont évalué, très sommairement, qu’entre 200 000 et 1,7 million d’Américains mourront du coronavirus.

La réaction a été épidermique. La population a plutôt mal réagi: 200 000 Américains? Voire 1,7 million? C’est énorme, ça!

En comparaison, nos données sont lilliputiennes. Le Canada ne compte qu’un dixième de la population des États-Unis, mais prévoit 11 000 et 22 000 morts d’ici la fin de la pandémie.

Le Québec devrait perdre entre 1263 et 8860 citoyens au 30 avril, selon la Direction de la santé publique, selon qu’on s’aligne avec l’Allemagne (le chiffre le plus petit…) ou l’Italie. 

En Ontario, Santé publique Ontario a prévu «entre 3000 et 15 000 morts» d’ici la fin de la crise. Ou environ 1600 d’ici le 30 avril, si l’on veut comparer avec le Québec.

« Je ne voudrais pas alarmer les personnes avec le scénario pessimiste, avait averti le premier ministre François Legault. Quand on regarde le nombre de décès prévus, ça peut être inquiétant. » 

Heureusement, ces oracles n’ont pas eu un effet démobilisateur sur la population. Peut-être est-ce ce que craignait, en bout de piste, le Dr Horatio Arruda, le médecin-chef de la santé publique du Québec. Que les gens, devant ces prévisions, ne retiendraient que le plus gros chiffre, le plus triste, et que cela aurait comme conséquence de nous détourner de la tâche du confinement, du lavage de mains, etc. Par chance, ce n’est pas arrivé. Au contraire.

Pendant ce temps, les États-Unis ont commencé à connaître des journées de 2000 morts, et selon toute vraisemblance, cette tendance se poursuivra pour plusieurs jours encore avant, espère-t-on, de diminuer. 

Certains, pas tous, y auront vu là l’effet des politiques du président Donald Trump qui, il y a quelques semaines encore, jurait que le coronavirus «n’était pas plus grave que la grippe saisonnière». L’avenir a prouvé qu’il avait tort et les États-Unis paient fort cher leur retard à prendre des mesures musclées pour combattre la COVID-19. 

Nous aurions pu croire, accessoirement, que cela ferait mal au président Trump. Que bien des gens se tourneraient contre lui, devant l’échec de sa politique de santé publique qui est escamotée au second plan pendant qu’il pense à sa réélection espérée en novembre. Eh bien non. Son noyau dur de supporters, qui compte 35 à 40 % de la population, voire 42 ou 43 %, est convaincu de la justesse du message de M. Trump. Que tout cela n’est que mirage et que la voie qu’il improvise chaque jour est conséquente, logique et valable. Ce sont ces mêmes Américains qui courent s’acheter une arme lorsqu’une autre tuerie les assaille. 

Le Québec, l’Ontario et le Canada ne sont pas là. 

La population canadienne est encore fermement derrière les mesures de confinement et de lavage de mains proposées par leurs gouvernements. Le nombre de malades et de morts augmente, mais c’est parce que nous nous retrouvons au plus haut de la pandémie. Il semble toutefois que nous approchons du haut de la courbe et qu’elle se mettra à descendre d’ici 7 à 10 jours. Enfin, nous l’espérons.