Le 6 décembre 1989, Marc Lépine a fait un carnage à l'école polytechnique, abattant froidement quatorze femmes.
Le 6 décembre 1989, Marc Lépine a fait un carnage à l'école polytechnique, abattant froidement quatorze femmes.

Polytechnique: lettre à ma belle-mère et ses anciennes collègues de classe

POINT DE VUE / Il y a 30 ans, un être désespéré est entré dans votre classe afin de décharger sa rage avec son arme sur de bien mauvaises cibles. Heureusement, sauvée par ton travail à compléter à la dernière minute, tu te trouvais à l’extérieur de la classe quand les coups de feu ont commencé.

De cibler des innocents est toujours répugnant, mais de se concentrer sur un groupe précis, dans ce cas-ci des femmes, est ignoble. L’anniversaire de ce féminicide ramène à la surface tout le travail qu’il reste à faire en termes d’égalité des sexes, de contrôle des armes à feu, de santé mentale et d’éducation.

À la suite de cet épouvantable drame qui a emporté nombre de tes amies, tu es parvenue à te retrousser les manches, compléter tes études, gravir les échelons d’une grande entreprise en ingénierie et à élever, presque seule, tes deux grandes filles. Aujourd’hui, déterminées et rayonnantes d’intelligence, tes filles en sont à leurs études supérieures. Elles sont déjà des femmes accomplies, sûres d’elles et prêtes à changer le monde. Sache, belle-maman, que seule ta détermination aura permis à tes filles de devenir ce qu’elles sont aujourd’hui. Vous êtes toutes trois incroyables à voir aller et vous me remplissez de fierté de me compter dans votre famille.

Je tenais simplement à témoigner que ce que tu as accompli, malgré ce traumatisme, est la meilleure riposte possible à cet affreux acte de violence. Tous auraient pu comprendre que ta vie parte en vrille à partir de ce moment, mais c’est avec force que tu as continué à avancer la tête haute. Je suis certain que toute la société québécoise se joint à moi pour t’en féliciter et t’en remercier.