Pierre Jury

Un processus clair et limpide

ÉDITORIAL / Dans le dossier des tours Brigil, le conseil municipal de Gatineau a parlé haut et fort : à 12 voix contre 7, il n’y a aucune équivoque. Il n’y aura pas de tours de 35 et de 55 étages dans le quadrilatère de la rue Laurier et de la rue Notre-Dame-de-l’île, au cœur du secteur Hull.

Le processus a été clair et limpide, et aujourd’hui, nous en prenons acte. Plusieurs voix se sont exprimées sur le fond et la forme de ce projet, tant en faveur du projet que contre. D’un côté comme de l’autre, nous avons été témoins d’un vaste débat sur un thème crucial du développement urbain de Gatineau. La question est maintenant réglée. La reconnaissance d’un statut patrimonial pour le secteur du quartier du Musée est virtuellement chose faite. Le sceau d’approbation du gouvernement du Québec suivra sous peu.

Il demeure trop tôt, cependant, pour explorer les solutions alternatives pour ce projet de double tour de 35 et 55 étages. L’option d’un aménagement sur les terres du projet Zibi, ou ailleurs, est très prématurée. Il faut laisser la poussière retomber avant de supputer sur les chances que le projet soit recasé ailleurs. Cela pourrait prendre plusieurs semaines, ou plusieurs mois, avant que le promoteur Gilles Desjardins ne prenne une décision. Il pourrait tout aussi bien l’abandonner totalement : aujourd’hui, le verdict lui appartient. 

Certains faits restent cependant. 

Le quartier du Musée jouira d’une protection patrimoniale accrue. Nous ne parlons pas d’un statut bétonné comme celui de l’auberge Symmes, dans le secteur Aylmer. Là, la protection patrimoniale est optimale. Toute modification doit respecter le caractère historique de l’antique auberge. Cela vaut aussi pour toute construction dans un périmètre précis. Pourtant, des projets sortent de terre, tels les 18 condominiums du 22, rue Principale, adoptés en mars dernier. 

Dans le cas du quartier du Musée, la protection sera moindre. Il est trop tôt pour dire, comme le spécifie M. Desjardins, qu’il s’agit d’une « citation sévère et rigide » qui fera « inéluctablement reculer la Ville », replaçant Gatineau « à une échelle d’un village et non d’un centre-ville nord-américain ».  

Le nouveau statut du quartier du Musée ne protégera pas toute parcelle de terrain de tout développement futur. Cela signifie simplement que tout développement devra se faire en accord avec les nouvelles règles qui protègent notamment la « carcasse » de toute construction du quartier du Musée. Les propriétaires pourront faire, par exemple, ce qui bon leur semble à l’intérieur, que ce soit les matériaux, le plan intérieur, etc. Les conséquences sur l’assurabilité de ces constructions, soulevées la semaine dernière, demeurent pure spéculation. 

Parallèlement, le promoteur Gilles Desjardins s’est dit « toujours déterminé à ériger, à moyen ou long terme, un projet emblématique en face du Musée de l’histoire ». Il avait déposé un second projet de développement qui respectait les barèmes de construction, soit de trois étages dans ce même quadrilatère. Un certain flou artistique l’entoure et encore une fois, le temps nous dira ce qu’il en adviendra. 

Mais nous retenons principalement le fait que M. Desjardins « accepte cette décision démocratique » d’une citation patrimoniale pour le quartier du Musée, refusant de s’engager dans une querelle supplémentaire avec le conseil municipal qui lui a tourné le dos. C’est tout à son honneur, comme c’est tout à l’honneur du conseil d’avoir pris une décision posée, mais controversée, sur un secteur névralgique de son développement futur. 

Pierre Jury

Nouvel hôpital : Legault doit parler

ÉDITORIAL / D’emblée dans la campagne électorale, la Coalition avenir Québec a dévoilé une énorme promesse pour l’Outaouais : l’érection d’un nouvel hôpital de 170 lits. Mais depuis, rien. François Legault doit dénouer ce silence.

La santé demeure l’énorme enjeu pour la population locale : les améliorations qui ont été apportées sous les libéraux et sous le leadership du ministre Gaétan Barrette n’ont pas suffi. Prétendre que la situation aux urgences s’est améliorée, quand l’attente a fondu de 18 h à 16 h, c’est bien mais ce n’est pas suffisant. Ça mérite toujours une grosse note de D. 

Ça, ce n’est que pour l’urgence. Il y a le temps d’attente pour voir un médecin spécialiste, pour passer des tests, etc. Pour toute nouvelle intervention en santé, c’est l’attente. Une fois que les patients sont admis dans le réseau de la santé, ça va un peu mieux, mais il faut y entrer quelque part !

Les années passent, la situation s’améliore marginalement. De plus en plus, les députés sont pointés du doigt comme les acteurs coupables de ce réseau, par association du moins. Au point où les plus faibles maillons de la députation outaouaise se retrouvent en danger. 

Devant ce pitoyable état de fait, la CAQ y est donc allée de son engagement phare. Un nouvel hôpital, rien de moins, alors que les observateurs n’en demandaient pas tant. Ils espéraient simplement que les postes soient dotés convenablement, que les temps d’attente pour les cas non urgents s’abaissent — et ils sont encore un 10 % trop nombreux —, que les soins de santé soient du niveau de la quatrième région du Québec. 

Cette promesse rappelle que le Québec inaugurera sous peu un nouvel hôpital à Baie-Saint-Paul, d’à peu près la taille que la CAQ propose pour l’Outaouais. Ce nouvel équipement pour la région de Charlevoix aura coûté environ 275 millions $. 

À noter que la proposition de la CAQ est l’unique proposition qui a été faite par un parti politique lors de cette campagne électorale. Un silence généralisé a marqué la réponse du Parti libéral, du Parti québécois et de Québec Solidaire. 

Mais l’absence de « viande » autour de l’os caquiste est énigmatique. M. Legault a lancé l’idée lors du dévoilement de ses candidats Mathieu Lacombe, dans Papineau, et Olive Kamanyana, dans Pontiac, il y a un peu plus d’une semaine. Depuis, rien. Aucune indication d’un site potentiel pour cet hôpital, des services qui y seraient offerts, ou même de sa facture approximative. La seule précision consistait en un échéancier de cinq ans, et quelques mots sur le fait que la gestion de projet de ce nouvel hôpital « court-circuiterait le processus habituel pour aller directement au Plan québécois des infrastructures », a précisé M. Lacombe, le candidat qui affronte Alexandre Iracà dans Papineau. La députée sortante dans Hull, Maryse Gaudreault, s’est opposée à ce processus accéléré, précisant que « tous les projets majeurs d’infrastructure publique » doivent obéir au Conseil du trésor les obligeant à suivre la marche à suivre.

François Legault doit être plus transparent sur le sujet. Il s’agit d’un engagement majeur pour l’Outaouais, cela pourrait colmater une partie de l’énorme brèche qui s’est taillée dans le réseau de la santé. Il doit préciser sa pensée : combien ça coûtera, comment il recrutera le personnel, quels seront les services qui y seront offerts, dans quelle sous-région de l’Outaouais il l’envisage, etc. À défaut, la population considérera qu’il n’est qu’un beau parleur qui dit ce que les gens veulent entendre, sans s’engager à davantage. 

Pierre Jury

Le néant attend Maxime Bernier

ÉDITORIAL / Maxime Bernier, électron libre du Parti conservateur du Canada, s’est maintenant coincé dans un rôle de simple député négligé et négligeable. Ses prétentions de lancer un nouveau parti fédéral aboutiront au néant. En démissionnant de son parti, il s’est condamné à être, au mieux, un député indépendant qui criera dans le désert politique, ou au pire, dans un an, à être un ex-député coloré que les convictions libertariennes auront mené à sa perte.

Son départ du Parti conservateur n’avait pas besoin d’être. Il aurait pu continuer d’être la voix forte qu’il était pour des idées de droite sur la gestion de l’offre, sur le multiculturalisme et sur le parasitisme des entreprises qui sucent les aides gouvernementales à répétition. Il y avait de la place, petite mais bien là, pour un militant de sa trempe. La gestion de l’offre, qui garantit des revenus aux producteurs de lait, d’œufs et de volaille au Canada, est un programme controversé qui est la cible de plusieurs attaques, notamment du gouvernement de Donald Trump, aux États-Unis. De la même manière, il y a un mouvement au pays contre le corporate welfare, selon l’expression anglaise. Et le multiculturalisme à la Justin Trudeau a son lot d’adversaires, notamment chez les souverainistes du Québec.  

L’ancien chef Stephen Harper l’avait toléré, et plusieurs se demandaient bien pourquoi et comment. Éliminé au cabinet à la suite de douloureuses incartades, il continuait périodiquement de se vider le cœur sur ses sujets de prédilection. Son successeur Andrew Scheer semblait s’en accommoder tant bien que mal. M. Bernier aurait pu poursuivre dans cette voie étroite ; en annonçant sa décision de fonder un nouveau parti national, avec les difficultés que cela implique et les idées qui sont les siennes, il s’est placé sur une suicidaire voie d’évitement. 

Nous ne voyons pas où Maxime Bernier puisera les fonds importants pour lancer son nouveau parti ni combien de supporters il pourra recruter à partir de ses quelques idées de droite libertarienne. Il pourra recruter quelques dizaines de supporters pour se présenter sous sa nouvelle bannière aux élections générales de l’automne 2019, mais guère plus. Il fera plus mal au Parti conservateur du Canada auquel il volera argent et membres ; en cela, il rappelle que le PCC est né de la fusion de deux partis de droite et que ce n’est que sous une seule étiquette que M. Harper avait réussi à voler le pouvoir à Paul Martin, en 2005. S’il n’avait pas réussi à réunir les forces de droite, les conservateurs se tirailleraient encore dans l’antichambre du pouvoir entre l’Alliance conservatrice et le Parti progressiste-conservateur...

M. Harper s’est souvenu de cette leçon et c’est ce qui a expliqué la volée de bois vert qu’a reçue Maxime Bernier depuis l’annonce de sa défection. 

Entre-temps et à court terme, le Beauceron aide les libéraux de Justin Trudeau en divisant l’opposition.

Il s’agit d’une décision lourde de sens que M. Bernier a prise, jeudi. Car il est virtuellement impossible de revenir en arrière. Intellectuellement, cela ne se fait pas de revenir dans 18 ou 24 mois au sein d’un PC « intellectuellement et moralement corrompu » – ce sont ses mots ! Ses collègues conservateurs les auront toujours dans la gorge et le verront toujours comme un joueur isolé qui n’en fait qu’à sa tête. 

Maxime Bernier s’est peint dans un coin d’où il ne pourra pas s’extirper. C’est la fin de la carrière d’un politicien hors-norme qui aura été divertissant, à défaut d’être un décideur de poids qui sait infléchir son parti à ses idées.   

Pierre Jury

Dossier bien amorcé à l’UQO

ÉDITORIAL / À l’Université du Québec en Outaouais, il ne manque plus que l’annonce de la pelletée de terre. Tout le reste est carrément fixé. Mais comme nous sommes en campagne électorale (en fait, ça démarrera officiellement demain), le gouvernement libéral se garde une petite gêne...

En temps normal, la ministre de l’Enseignement supérieur serait venue faire l’annonce. Un budget de 90 millions $ qui met une fois pour toutes au rancart la division du campus de l’UQO en deux, le pavillon Alexandre-Taché d’un côté, et le pavillon Lucien-Brault, de l’autre. Peut-être même le premier ministre lui-même ! 

Mais comme nous ne sommes pas en temps normal, Stéphanie Vallée — quand même la ministre responsable de l’Outaouais — s’est chargée d’une confirmation somme toute sommaire. Sous le couvert d’annonces d’investissements de 4,5 millions « pour le dossier d’opportunité » de l’UQO, il faut lire bien plus en filigrane.

Le dossier est donc bien amorcé.

La ministre qui ne se représente pas était accompagnée de la députée de Hull, Maryse Gaudreault, et de Marc Carrière, député de Chapleau.

La modestie de leurs responsabilités est un témoignage du travail qui reste à faire dans le dossier.

Lors de la plus récente réunion du conseil des ministres, la semaine dernière, le gouvernement libéral a discrètement approuvé ces 4,5 millions $. Mais plus important encore, il a donné suite au budget du ministre des Finances de mars 2018, qui disait à mots couverts que le dossier de l’UQO est désormais inscrit au Plan québécois des infrastructures. Ce que cela veut dire, c’est que l’engrenage est maintenant bien amorcé. Que le dossier est intégré au PQI et qu’il n’y a plus que le rythme des dépenses à être décidé. 

Bientôt, le pavillon Lucien-Brault sera transféré à la Commission scolaire des Portages-de-l’Outaouais pour 1 $. L’espace lui manque pour l’éducation permanente et cette solution évidente tombe sous le sens. Mais ce transfert coûte plus que le dollar symbolique. Québec s’engage à verser 2,6 millions $ pour réaménager le campus Lucien-Brault en des locaux mieux adaptés. Voilà qui est fait.

Le restant de l’enveloppe desservira d’autres besoins : 500 000 $ pour l’UQO et les deux cégeps, le Collège de l’Outaouais et le Collège Héritage, pour « le développement d’une synergie entre les établissements (...) et les acteurs socioéconomiques dans le but de renforcer la culture entrepreneuriale », et un autre 500 000 $ pour le baccalauréat en kinésiologie et le développement de programmes courts en santé sexuelle et toxicomanie notamment. Enfin, les 932 046 $ restants serviront à l’aménagement des locaux du programme de diététique au Cégep de l’Outaouais.

L’éléphant dans la pièce demeure la prochaine élection. 

Si les sondages tiennent la route, le futur gouvernement ne sera pas libéral, mais caquiste. En Outaouais, les libéraux en mènent toutefois encore large. Dans ces conditions, que fera la Coalition avenir Québec avec l’UQO ? Quels engagements prendra-t-il en Outaouais ? Il risque de ne pas y faire de gros gains, une ou deux circonscriptions au maximum. On parle de Gatineau, et peut-être Chapleau. François Legault, qui a déjà promis un nouvel hôpital de 170 lits pour l’Outaouais, pourrait ne pas se sentir engagé à compléter le projet de l’UQO. Surtout à hauteur de 90 millions $. Surtout à Hull, qui demeurerait libéral. Compléter l’offre en éducation s’avère important, mais la santé prime sur tout. Ces questions relèvent maintenant de François Legault.