Pierre Jury

Jongleries comptables

ÉDITORIAL / Sur le fond, Doug Ford a raison d’invoquer un déficit bien plus important que prévu en Ontario. Car il reprend là en essence les propos de la Vérificatrice générale Bonnie Lysyk. Mais pas 15 milliards$ !

Au printemps, la Vérificatrice générale a statué que le déficit pour 2018-2019 serait de 11,7 milliards$. C’est 5 milliards$ de plus que les 6,7 milliards$ prévus par les libéraux de la première ministre d’alors, Kathleen Wynne.

Pierre Jury

Une pensée pour les victimes

ÉDITORIAL / L’épreuve de la tornade, vendredi, a fait ressortir ce qu’il y a de mieux en nous. Le féroce élément, qui s’est abattu en quelques minutes, n’a laissé de répit pour personne le long de son terrible chemin.

Trois secteurs ont été particulièrement touchés : Dunrobin, dans l’ouest d’Ottawa, et les secteurs du Mont-Bleu et Radisson, à Gatineau. Chacun a affecté des populations diverses. Elles sont plus affluentes à Dunrobin où une soixantaine de maisons unifamiliales ont été fortement endommagées. Elles sont plus modestes dans le secteur du Mont-Bleu, petits propriétaires de la classe moyenne. Mais c’est dans les blocs à logement que les populations bigarrées qui y trouvent refuge sont plus vulnérables. 

Nos pensées vont à ces gens, en particulier, qui ont besoin de plus d’aide.

Une telle tornade a été « annoncée » auparavant. Dans l’heure qui l’a précédée, les propriétaires de téléphone cellulaire ont reçu une alarme stridente qu’ils ne pouvaient ignorer. Ceci est le récent résultat d’un partenariat entre le gouvernement fédéral et les compagnies de téléphonie cellulaire. Cette entente prévoit un avertissement qui alerte les propriétaires de téléphone qu’une tempête météo approche. Il s’agit d’un nouvel outil à la disposition des services d’urgence, mais de toute évidence, il doit encore être peaufiné. Et il peut l’être en raison du positionnement géographique qui accompagne les téléphones cellulaires. 

Il aurait été souhaitable que les abonnés à un service cellulaire reçoivent plus d’une alerte, voire trois ou quatre, au fur et à mesure que l’alerte se précise. Cela aurait pu être beaucoup plus souhaitable.

Il y a aussi tous les liens entre les tornades et les changements climatiques. Dans les heures qui ont suivi leur visite en Outaouais, tous les chefs des quatre grands partis politiques l’ont fait. 

« Si des gens doutent de l’existence réelle et concrète des changements climatiques, voilà ! », a laissé savoir le chef du Parti libéral du Québec, Philippe Couillard. Le premier ministre sortant a été le plus tranchant, par ailleurs. La force de ses paroles étonne, surtout lorsque comparé avec le net désaveu du président des États-Unis, Donald Trump. Nous percevons là une volonté du chef libéral de s’affirmer comme le plus net avocat des changements climatiques, ce qui a débuté lorsqu’il a tourné le dos à la recherche de pétrole à l’île d’Anticosti, il y a deux ans. 

Mais le travail journalistique du collègue Jean-François Cliche, du journal Le Soleil, vient démolir les affirmations des leaders politiques. 

Le nombre de tornades rapportées depuis 100 ans est en hausse, mais il serait davantage dû au fait qu’elles passent moins inaperçues qu’avant, en raison de la population qui est en forte croissance. 

Le journaliste pointe du doigt le nombre d’ouragans, qui diffère des tornades. Les tornades sont le résultat d’une différence de la température dans l’air et de forts vents. Si ce n’était que la température de l’air, elles seraient plus courantes en juillet et en août, mais ce n’est pas le cas. Les ouragans, par contre, sont nourris par la température des eaux de surface, et là il y a un lien direct avec les changements climatiques. 

Le réchauffement climatique est indéniable, poursuit-il, tout comme ses conséquences : canicules, pluies diluviennes, etc. Mais les tornades n’en font pas partie.

N’empêche que lorsqu’elles frappent, ce qui est rarissime, elles balaient tout sur leur passage. Les populations locales l’ont bien vu, vendredi en début de soirée. Souhaitons-nous du beau temps pour que les travaux de remise en état de ces foyers et des réseaux d’électricité se fassent promptement.

Pierre Jury

Tout le poids sur François Legault

ÉDITORIAL / En avant dans les sondages depuis près d’un an, François Legault a dû mal prendre celui de la maison CROP, hier, qui le place... loin derrière le Parti libéral du Québec !

Selon ce coup de sonde, le PLQ serait en avance 37-30 sur la Coalition avenir Québec, après répartition des indécis. Le Parti québécois et Québec solidaire ferment la marche à 16 et 14 %.

Pierre Jury

La langue, ça va... mais les idées?

ÉDITORIAL / Le débat en anglais dans la course électorale au Québec a au moins prouvé une chose : l’anglais de François Legault s’est suffisamment amélioré, au cours des dernières années, pour prétendre à la plus haute fonction au Québec. Maintenant, en a-t-il fait assez pour convaincre les 1,2 million d’anglophones et d’allophones ? Cela lui sera plus difficile qu’il ne l’espérait au départ.

Il y avait quelque chose d’historique lors de cette journée : en effet, c’était le premier débat en anglais entre les chefs de partis depuis 1985 au Québec. Robert Bourassa et Pierre Marc Johnson avaient alors croisé le fer sur les ondes de la station de radio CJAD. Certains irréductibles Québécois croyaient que le Québec allait trop loin dans sa politique d’accommodement en fournissant aux anglophones une occasion d’en connaître davantage sur cette campagne électorale. Ils ont eu tort hier alors que le ton a été de bon aloi toute la soirée, avec quelques échauffourées qui ont porté sur certains des mêmes thèmes que lors du premier débat en français, jeudi dernier, l’immigration notamment. Même Manon Massé, co-leader de Québec solidaire et Jean-François Lisée, chef du Parti québécois, ont paru bien accueillis... enfin dans la mesure du possible. Ils avaient fort peu à gagner lors de cette joute oratoire compte tenu de leur adhésion au principe de la souveraineté du Québec.

Nous nous attendions à ce que Mme Massé ait de la difficulté à s’exprimer parfois, l’anglais étant clairement une langue dont elle ne se sert pas souvent. Cela s’est concrétisé avec un temps de réponse nettement inférieur à ses trois adversaires. Nous savions aussi que le libéral Philippe Couillard et M. Lisée étaient à l’aise en anglais. Le questionnement était entier à propos de M. Legault.

Ses adversaires lui ont néanmoins assené une série de questions difficiles, devant lesquelles il a dû retraiter vers ses notes pour se démêler. Notamment sur les coupures qu’il entend faire dans les commissions scolaires, son plaidoyer est tombé à court. Il a avancé vouloir les remplacer par « des centres de service », une nouvelle structure qui n’aura sans doute pas convaincu la communauté anglophone qui, a-t-il été dit, se sent souvent comme une société de deuxième classe au Québec. 

M. Legault domine encore dans les sondages nationaux, mais il a connu un recul, notamment compte tenu de la difficulté sur les questions d’immigration. Il a voulu dévier les interrogations sur un éventuel test de valeurs québécoises en indiquant le chemin tortueux du Parti québécois sur ce thème. Il y a cinq ans à peine, le Québec était aux abois à propos d’une Charte des valeurs québécoises proposée alors par Bernard Drainville. Mais M. Lisée a habilement évité le sujet. Ce qui est de plus en plus clair, c’est que la proposition caquiste, qui porte aussi sur un test de français à réussir dans les trois premières années de leur arrivée au Québec, prend des airs de tests que tout le monde pourra réussir, tellement M. Legault y prévoit d’échappatoires. 

François Legault espérait soutirer quelques dizaines de milliers de votes aux libéraux avec ce débat en anglais. Si au plan de la langue, ça va, pour le reste, cela lui demeure difficile. Ce qui laisse le champ libre à Philippe Couillard et à ses libéraux. Ce dernier a obtenu l’appui inattendu de Valérie Plante, la mairesse de Montréal, hier, mais la course n’est pas encore gagnée. L’électorat anglophone représentait une cohorte dans laquelle M. Legault pensait pouvoir piger. Cela lui sera plus difficile qu’il ne le pensait et il devra ramer fort pour redresser le cap lors du troisième et dernier débat, à TVA jeudi.