Pierre Jury

Les coupures ont marqué 2018

ÉDITORIAL / L’année 2018 fut fertile en émotions. Avec des élections provinciales au Québec et en Ontario, nous aurions l’embarras du choix pour notre sélection de l’événement de l’année 2018.

François Legault a mené son parti vieux de sept ans, la Coalition avenir Québec, au pouvoir. Il s’agit d’un tour de force incroyable qui misait sur le fait que les Québécois tourneraient le dos au vieux dilemme séparatisme-fédéralisme. L’avenir nous dira si sa victoire était le fruit du hasard, coïncidence d’un Parti libéral usé par 14 années de pouvoir presque sans interruption et d’un Parti québécois qui se cherche un chef et une mission depuis 10 ans.

Pierre Jury

GES: le plan risqué de Trudeau

ÉDITORIAL / Justin Trudeau est accusé de dire une chose et son contraire, lorsqu’il parle des changements climatiques. D’un côté, il se pavane avec l’Accord de Paris, soutenant que le Canada doit atteindre les objectifs de réduction des gaz à effet de serre d’ici 2030, qu’il n’a pas le choix même! De l’autre, il a surpris tous les Canadiens en se portant acquéreur du pipeline TransMoutain pour 4,5 milliards $ et milite pour l’industrie pétrolière de l’ouest.

Plusieurs y voient une contradiction évidente. Qu’il est impossible pour le Canada d’investir dans une énergie pétrolière que plusieurs estiment dépassée, et que nous respections notre parole de réduction des GES. Ils estiment qu’il y a là une dichotomie qui ne peut satisfaire l’un et l’autre.

Pierre Jury

Une ouverture

ÉDITORIAL / Enfin, l’approche de Caroline Mulroney commence à changer. Elle est maintenant disposée à discuter avec le gouvernement fédéral sur son financement de l’Université de l’Ontario français. Voilà une excellente nouvelle.

Évidemment, tout n’est pas réglé comme du papier à musique. La ministre ontarienne des Affaires francophones doit s’assurer de maintenir le droit de l’Ontario de dépenser dans son champ de compétences qu’est l’éducation.

Mais cette prétention est moins forte qu’au Québec, qui est toujours sur ses gardes.

Et puis, il y a le principe que le fédéral a le droit d’aider des communautés minoritaires qui existe toujours.

Mais au moins est-ce là un signal d’ouverture de la part de l’Ontario. Jusqu’ici, l’offre de financement du fédéral, maintes fois répétée par la ministre Mélanie Joly, demeurait lettre morte.

Cela survient alors que l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario a nommé ses deux avocats principaux qui seront chargés de monter la défense juridique des droits des Franco-Ontariens. En Ronald Caza, l’un des héros de SOS Montfort, et Mark Power, la communauté francophone est bien nantie.

En plus, le récent règlement concernant le Programme de contestation judiciaire nous assure que la future cause, si l’on se rend là, sera assurée d’un financement adéquat. 

Si l’on se rend là... ce sont des mots clefs. Car l’AFO veut la paix, mais prépare la guerre, comme le dit le proverbe. Le dossier suit son cours. Nous tombons dans une période creuse pour la défense des droits des Franco-Ontariens, mais en filigrane, tout se poursuit comme prévu.

Pierre Jury

Nussbaum dans de beaux draps...

ÉDITORIAL / Le départ de Mark Kristmanson ne peut survenir à un plus mauvais moment. Mais, bon, c’est ainsi que se font les choses à la Commission de la capitale national (CCN). Son départ était dans les cartons depuis des mois, et jeudi, son successeur a été connu. Il s’agira de Tobi Nussbaum, depuis quatre ans conseiller municipal du quartier Rideau-Rockcliffe à Ottawa.

Le mandat de M. Kristmanson était de cinq ans, prenant fin le 2 février 2019. Aujourd’hui, le diable est aux vaches dans le plus important projet immobilier d’Ottawa. C’est un très mauvais moment pour un changement à la tête de la CCN. 

La guerre est prise à la tête du consortium chargé de développer les plaines Le Breton, sous la responsabilité de la CCN. Les plans sont toujours de construire le nouvel amphithéâtre des Sénateurs d’Ottawa et des milliers de pieds carrés de magasins, de condominiums et autres, mais c’est la guerre entre Eugene Melnyk, propriétaire des Sénateurs, et John Ruddy, président de Trinity Developments. Les deux hommes ont toujours été à couteaux tirés. La raison ? M. Ruddy planifie aménager trois tours de l’autre côté de la rue des plaines ; M. Melnyk l’accuse de diminuer l’attrait des plaines Le Breton, et le poursuit pour 700 millions $. Il n’y va pas avec le dos de la cuillère.

Début décembre, la CCN a donné jusqu’à la fin de janvier dans l’espoir que les deux hommes s’entendent. Mais ça n’arrivera pas.

C’est dans ce cadre explosif que Tobi Nussbaum débarque à la CCN. 

Libre-penseur, il tombait parfois sur les nerfs du maire Jim Watson. Aujourd’hui, il se retrouve à être au moins l’égal de M. Watson à la table de la société d’État, où ce dernier siège comme non-élu, en compagnie du maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin. 

Une chose est sûre : Tobi Nussbaum tombe dans la marmite alors que le dossier demandera plus que du doigté. La filière est engoncée dans la vase et pour l’en dégager, il faudra des talents de négociateur hors pair. La survie des Sénateurs y est rattachée...