Kathleen Wynne a constaté que l'élimination de la taxe provinciale n'a pas suffi à calmer la grogne chez des milliers de familles, souligne l'auteur.

Wynne tente de sauver sa peau

ÉDITORIAL / Parce qu'il n'en avait pas fait assez en décembre dernier, le gouvernement Wynne a dû reprendre son travail sur les tarifs d'électricité. Hier, il a annoncé une autre diminution de 17 % : avec l'élimination de la taxe de vente, le 1er janvier dernier, les foyers de l'Ontario devraient maintenant constater une baisse moyenne d'environ 25 % de leur facture d'électricité. Il s'agit d'un geste de désespoir des libéraux qui, espèrent-ils, les permettra de se maintenir au pouvoir en 2018. Mais rien n'est moins sûr...
Les tarifs d'électricité et leurs hausses tiennent du mystère pour bien des consommateurs. Ils ignorent pourquoi cela leur coûte plus cher, si c'est la portion consommation, livraison ou génération. Mais ils constatent à peu près tous la même chose: que les taux ont augmenté, particulièrement ceux qui habitent dans les régions rurales. Ces hausses ont aussi été ressenties amèrement dans les foyers à bas revenus, où chaque dollar compte et où le budget n'affiche aucune marge de manoeuvre.
Les libéraux de Kathleen Wynne ont bien vu que la crise ne se résorbait pas. Que l'élimination de la taxe provinciale, il y a huit semaines à peine, n'a pas suffi à calmer la grogne chez des milliers de familles. Avec justesse, ils ont convenu qu'il fallait faire quelque chose de plus, de beaucoup plus. Mais est-ce que cela suffira? Est-ce que les contribuables accepteront le remède du gouvernement, ou se rangeront-ils derrière les critiques des partis d'opposition? Il est trop tôt pour dire précisément mais l'avenir ne paraît pas rose pour le Parti libéral de l'Ontario. Au pouvoir sans interruption depuis 2003, sous Dalton McGuinty jusqu'en 2013, puis sous Kathleen Wynne, les libéraux donnent l'impression d'un gouvernement usé, fatigué, à court d'idées. Comme dans le cas des tarifs d'électricité: leur première solution, la baisse de 8 %, était largement insuffisante pour donner un répit aux consommateurs les plus vulnérables. Quand on est incapable de trouver le bon remède...
Cela dit, les libéraux tentent de résoudre deux problèmes en même temps. Ils ont promis d'équilibrer le budget de l'Ontario cette année, un an avant l'élection générale du printemps 2018. L'an dernier, le budget était déficitaire à hauteur de 4,3 milliards $. Comprimer les dépenses d'autant relève du défi pour le ministre des Finances, Charles Sousa. Voilà qu'il s'est fait dire de présenter un budget équilibré... malgré une facture supplémentaire de 1 milliard $. Car c'est ce que ça coûte que d'absorber la taxe provinciale de 8 %.
L'annonce d'hier, de réduire d'un autre 17 % la facture d'électricité des familles ontariennes aurait représenté une ponction supplémentaire de 2 milliards $ pour le gouvernement. Il a donc choisi une autre voie. Il propose de rééchelonner la dette, entre autres les frais de remise à niveau des centrales nucléaires Darlington et Bruce Power. Au lieu de payer pendant 20 ans, l'Ontario payera moins, mais pendant 30 ans. C'est comme vouloir réduire ses paiements d'hypothèque tout en empruntant davantage pour remplacer l'auto: ça finit par coûter beaucoup plus cher sur le long terme. Combien? 25 milliards $, selon Mme Wynne.
Le mystère des tarifs d'électricité risque bien d'emporter son gouvernement. Il est difficile de voir comment les contribuables pourraient accepter une telle facture -- en partie attribuable à de mauvaises décisions du gouvernement de Dalton McGuinty -- juste pour sauver la peau de Kathleen Wynne et ses libéraux.