Alors que le projet du train léger se voit une fois de plus retardé, notre éditorialiste Pierre Jury pense que le maire d'Ottawa Jim Watson «aurait dû piquer une sainte colère il y a plusieurs mois».

Watson devrait être en furie

ÉDITORIAL / À Ottawa, le train léger n’arrivera pas en novembre. Prévu pour une entrée en service le 2 novembre, son démarrage a été remis... « au premier trimestre de 2019 ».

Il s’agit du second retard en six mois. 

Le train léger devait démarrer en mai 2018. Le consortium Groupe de transport Rideau est plutôt sorti, le 6 février, pour remettre sa mise en service le 2 novembre. Là, le 10 septembre, nous apprenons que les premiers passagers n’embarqueront que quelque part lors des trois premiers mois de 2019. Il y a de quoi être en furie !

Le premier retard pouvait se comprendre. L’échéancier avait été annoncé en 2013, il y a cinq ans : on peut comprendre qu’il peut y avoir des accrocs dans un processus si long qui peuvent interférer avec un calendrier. À preuve, le trou majeur survenu devant le Centre Rideau, il y a deux ans. C’est venu gruger tout le coussin que le Groupe de transport Rideau (RTG) avait, et plus encore. 

Mais un second retard ? Sept mois après le premier ? Quel type d’organisation est ce Groupe de transport Rideau ?

Officiellement, ce n’est que vendredi dernier que John Manconi, le patron d’OC Transpo, aurait pris connaissance du retard anticipé. Dans un document, RTG demandait des allègements à certaines conditions qui lui permettrait de démarrer le 30 novembre au lieu du 2 novembre. Des choses comme l’ouverture partielle de la station Rideau, par exemple, de manière à ce que les équipes de finition puissent se concentrer sur certains éléments cruciaux de l’ouverture, quitte à en délaisser d’autres. 

La réponse de M. Manconi a été nette : « La Ville n’est pas tenue de suspendre les exigences de la mise en service commercial et a indiqué à maintes reprises à RTG qu’il doit respecter toutes les clauses du contrat. »

Que risque le Groupe de transport Rideau ? À peu près rien. Une amende de 1 million $ pour ne pas avoir respecté l’échéance de ce chantier de 2,13 milliards $. Pas 1 million $ par jour, 1 million $ tout court ! Aussi bien dire que ce sont des pinottes. 

Pour ce 1 million $ que percevra la Ville d’Ottawa, elle devra revoir son calendrier de mise en vigueur, remettre de quelques mois les avis de mise à pied de quelque 350 chauffeurs devenus excédentaires, remettre des autobus en place, etc. C’est elle qui aura l’air folle, pas RTG.

Ultimement, c’est le maire Jim Watson qui doit en payer la note. Il n’avait pas l’air très fâché, hier. Contrarié, mais pas fâché. Normalement, il aurait dû piquer une sainte colère il y a plusieurs mois, car ce n’est pas vendredi dernier que RTG s’est réveillé avec ce retard sur les bras. Parce que M. Watson sait aussi que tout retard risque d’envenimer ses chances d’être réélu. La campagne électorale bat son plein... mais dans l’anonymat le plus total. M. Watson est chanceux dans sa malchance. Ce n’est pas son principal adversaire, Clive Doucet, qui lui volera des votes là-dessus. Il est encore plus terne que Jim Watson. Bref, son élection est dans la poche. Mais s’il avait un candidat comme Maxime Pedneaud-Jobin, qui a volé la mairie de Marc Bureau en 2012 sur la mise en service du Rapibus, soyez assuré que M. Watson aurait sauté au plafond il y a des mois.

Mais nous sommes à Ottawa-la-terne. Jim Watson s’en va en réélection les bras ballants, les mains dans les poches, sifflant une ritournelle. Et la population d’Ottawa ? Elle « comprend » et se dit que son train léger sera très beau, quand il fonctionnera. Entre temps, elle attend. Patiemment.