Le leader de l’opposition vénézuélienne Juan Guaido a tenté un coup de force qui n'a pas su régler l'impasse dans laquelle se trouve son pays.

Venezuela: l’impasse persiste

ÉDITORIAL / L’impasse persiste au Venezuela malgré le coup de force tenté par le leader de l’opposition Juan Guaido, mardi. Cela le place dans une situation difficile et avec lui, tous les pays qui y souhaitent un changement de régime, incluant le Canada.

C’est la troisième fois que Guaido tente de renverser le président Nicolas Maduro. 

La légitimité de ce dernier est chambranlante. Il n’a certes pas le pouvoir magnétique de son prédécesseur Hugo Chavez, décédé d’un cancer en 2013. 

Déjà, les murs du Venezuela commençaient à craqueler devant les énormes profits de l’industrie pétrolière qui étaient redirigés à gauche et à droite, mais qui baissaient à vue d’oeil en raison de leur mauvaise gestion. 

M. Maduro n’a pu renverser la machine et sa popularité a fondu au soleil. 

Il se garde au pouvoir de peine et de misère. Il a gagné la dernière élection présidentielle avec une participation inférieure à qui ne dépassait pas 46 %, selon les sources les plus avantageuses.

Le 23 janvier dernier, Juan Guaido a tenté ce que l’on croyait être le tout pour le tout.

Il s’est autoproclamé «président en exercice» et a aussitôt obtenu l’appui de plusieurs nations, notamment les États-Unis et le Canada. Mais son appel est demeuré sans réel écho.

Le mois suivant, il se plaçait aux côtés d’un convoi humanitaire, dans l’espoir qu’une vague d’aide démarrerait. Car les conditions de vie sont très ardues au Venezuela : la pénurie d’aliments et de médicaments, couplée à un exil de plus de 3 millions — 10 % de la population !

Encore une fois, un autre échec.

Puis, cette semaine. Mardi, Juan Guaido a lancé un appel à la fin du régime Maduro. 

Comme si ce dernier était sur le point de quitter le pays. M. Guaido était appuyé par son mentor, Leopoldo Lopez, figure charismatique de l’opposition. 

De larges sections de l’armée devaient se désolidariser de l’administration Maduro et se ranger derrière M. Guaido. Autre peine perdue. Certes pas l’insurrection que Juan Guaido espérait. 

Quant à M. Lopez, il s’est aussitôt réfugié à l’ambassade d’Espagne.

Toute la crise au Venezuela finit par une impasse dont nous ne voyons pas l’issue.

De chaque côté, des pays se sont fermement rangés. Du côté de Nicolas Maduro : la Russie et la Chine, la Turquie, l’Iran... et Cuba. 

Du côté de Juan Guaido, outre les États-Unis (qui parlent fort sous la présidence de Donald Trump mais ne mordent pas) et le Canada, l’essentiel de l’Europe et de l’Amérique du sud, l’Australie et le Japon. 

Il ne semble pas que ces murs qui s’affrontent feront de vainqueur, comme il ne semble pas que le bras de fer Maduro-Guaido se réglera non plus. 

Pourtant, il faudra bien en sortir un jour.

Le Canada se retrouve dans une position inconfortable. 

D’ordinaire, il se retrouve du côté des arbitres de la paix qui lancent des appels au calme et qui essaient de se faire le chantre d’une certaine bonne entente internationale. 

Ce n’est plus le cas depuis une bonne dizaine d’années. 

D’abord, le Canada de Stephen Harper s’est rangé fermement derrière Israël, par exemple. 

Puis, sous Justin Trudeau, le Canada a pris parti pour l’Ukraine face à la Russie sous l’impulsion de la ministre des Affaires mondiales Christya Freeland, et maintenant le camp des insurgés au Venezuela. 

C’est à n’y rien comprendre.

Il est trop tard pour changer soudainement de cap.
Ce qui est clair, c’est que le Canada ne travaille plus du côté d’une baisse des tensions, mais de leur raffermissement. 

C’est dommage.