Une réflexion salutaire

Yves Bolduc n'a pas beaucoup le choix : une démission temporaire de son fauteuil de ministre serait salutaire, à lui et à son parti.
Le médecin et ministre de l'Éducation dans le cabinet de Philippe Couillard sait qu'il a mal agi en acceptant 215 000 $ comme prime pour la prise en charge de quelque 1500 malades. Comme tous les Québécois, il savait pertinemment que le statut minoritaire du gouvernement du Parti québécois sous Pauline Marois pouvait crouler à tout moment. Si ce n'était pas le Parti libéral qui le faisait tomber, c'était la Coalition Avenir Québec.
Malgré tout, il a empoché les primes à qui mieux mieux. Des primes qu'il savait bien, puisque c'est lui qui avait mis le système en place, qu'elles étaient conçues pour encourager la prise en charge de patients « orphelins » dans le chambranlant système de santé du Québec. Une prise en charge qui avait un caractère de pérennité, pour plusieurs années, pas juste de passage. Ce mécanisme de bonification s'ajoutait évidemment au salaire du médecin.
Lorsque le Parti libéral du Québec a perdu ses élections le 4 septembre 2012, Yves Bolduc a estimé que ses fonctions dans l'opposition lui laisseraient un peu de temps pour reprendre ses fonctions de médecin. Compte tenu de la pénurie de professionnels de la santé, les Québécois peuvent même le féliciter d'avoir été disposé à rogner sur ses activités personnelles pour mettre ses compétences au service de la population. Cela lui permettrait aussi de les maintenir à niveau, la profession médicale évoluant rapidement.
En plus, cela lui permettrait de suppléer à son salaire de député de 106 176 $. Cela peut sembler généreux pour bien des contribuables mais pour un professionnel de sa trempe, c'est bien en deçà de ce qu'il peut gagner.
En souscrivant par contre au régime de bonification pour la prise en charge de patients orphelins, M. Bolduc ne pouvait pas ne pas savoir que cette prise en charge ne serait que temporaire. Peut-être se disait-il que son temps dans l'opposition pourrait durer deux ou trois ans et que la prime de prise en charge finirait par être une bonne affaire pour les patients du Québec, et tout particulièrement pour les 1500 qu'il desservait.
Cela fait un mois que les Québécois ont appris que le Dr Bolduc a empoché 215 000 $ pour la prise en charge de ces 1500 malades. Le tollé a été immédiat. Même le premier ministre Couillard... qui qualifiait l'affaire de « bien grosse tempête dans un tout petit verre d'eau », et ajoutait quelques jours plus tard que cela avait été « imprudent ». Bref, M. Couillard savait bien qu'il y avait là quelque chose qui clochait, mais que cela finirait pas s'arranger.
M. Bolduc a mis une semaine pour admettre qu'il rembourserait une partie de la prime. Il s'en remettait à la Régie de l'assurance-maladie du Québec pour déterminer combien. La réponse est venue cette semaine : 55 000 $ perçus en trop. Le mécanisme prévoit le remboursement de 50 % de la prime touchée et le ministre doit donc s'estimer magnanime en annonçant qu'il remettra toute la somme perçue en trop, à moitié à la RAMQ et à moitié à des organismes de bienfaisance.
L'opposition, fidèle à son habitude lorsqu'elle perçoit une lueur de scandale, ne décolère pas. Et réclame la démission de M. Bolduc.
Et elle a raison.
Non pas parce que la solution que M. Bolduc met de l'avant n'est pas correcte en fonction des règles, mais parce que ce gouvernement place la barre très haute au chapitre de la gestion des finances publiques. M. Couillard et son équipe économique imposeront aux Québécois un régime d'austérité budgétaire très serré au cours des prochaines années. Il doit s'imposer la même rigueur, et ne rien tolérer à tous ses membres.
Le ministre de l'Éducation a fauté. Une petite réflexion comme simple député - sans de nouvelles primes de prises en charge de malades, cette fois ! - devrait lui enseigner la prudence. Yves Bolduc devrait avoir la décence d'extirper lui-même l'épine au pied qu'il est devenu pour le premier ministre.