Le chef du NPD, Jagmeet Singh, prétend que les défections étaient « un acte de désespoir de la part de May et du Parti vert ».

Une querelle qui augure mal pour le NPD

ÉDITORIAL / Les semaines se suivent, mais rien ne s’arrange pour le Nouveau Parti démocratique. Le voilà pris dans une querelle avec le Parti vert sur la défection de néo-démocrates du Nouveau-Brunswick — ils étaient supposément 14, au départ — à la faveur du parti d’Elizabeth May.

La réalité ne serait pas de 14, mais de neuf, ce qui est une pure question sémantique. Qu’ils aient été 9 ou 14 ou 15, un fait demeure : le Parti vert attire alors que le NPD, lui, a toutes les difficultés au monde à tirer son épingle du jeu. 

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, prétend que les défections étaient « un acte de désespoir de la part de May et du Parti vert ». Il faut plutôt lire que ce serait un geste d’impatience de la part d’une poignée de militants du NPD face à leur chef qui, deux ans après son élection à la tête de son parti, n’a toujours pas visité le Nouveau-Brunswick. Quoi ? M. Singh, qui est souvent venu au Québec, n’a pas trouvé quelques jours depuis deux ans pour aller séduire ses troupes dans la seule province officiellement bilingue au pays ? Quel chef de parti peut tolérer une telle aberration ?

Nous savons que le Parti vert a failli prendre le pouvoir lors des récentes élections à l’Île-du-Prince-Édouard. Ce fut une lutte à trois avec les conservateurs et les libéraux... chacun récoltant entre 23 000 et 29 000 voix. Les conservateurs l’ont emporté tandis que le NPD a récolté... moins de 2500 votes. Et aucun siège. A-t-on peur que cette déconfiture se transmette au Nouveau-Brunswick ?

Cette querelle survient à la veille du déclenchement des élections fédérales qui culmineront avec le jour du vote, le 21 octobre prochain. La campagne décidera qui, du Parti libéral ou du Parti conservateur, l’emportera. Ce sera serré. Mais ce sera tout aussi serré plus bas dans le palmarès des partis. Et cette engueulade politique, c’est ce qui survient lorsque deux partis ne sont qu’à quelques points d’écart. Le NPD amasse 13,5 % des intentions de vote selon la moyenne des sondages compilée par Radio-Canada, et le Parti vert, 10,4 %. Cette proximité dérange le NPD et excite les Verts qui étaient traditionnellement autour de 5 %. Le fait qu’ils aient doublé leurs appuis les rend plus affamés. Les Verts ne sont plus que le parti d’une seule députée, Mme May, mais pourraient bien en récolter entre 5 et 10 sièges si tout se déroule bien pour eux. Et décrocher la balance du pouvoir dans l’éventualité d’un gouvernement minoritaire. 

Évidemment, tout cela n’est que des suppositions de pré-campagne. Nous verrons bien comment cela se déroulera une fois la course électorale entamée, et lorsque le Parti vert sera confronté aux dures questions des journalistes. Il pourrait déchanter.

Revenons au NPD. Le parti a un double défi à quelques jours du déclenchement. Il lui manque encore beaucoup de candidats ; nous avons dit qu’il n’en avait pas un au Nouveau-Brunswick, mais il lui en manque encore une bonne trentaine au Québec. Le chef Jagmeet Singh mentionne lui-même la difficulté de recruter des candidats issus des communautés minoritaires — des femmes, mais aussi des autochtones, des gais et lesbiennes, etc. Ce sont des barrières que le NPD s’est lui-même imposées, mais il a toutes les misères du monde à les franchir. Cela illustre bien que les principes viennent parfois en choc avec la réalité sur le terrain.

L’autre défi du NPD s’avère celui du financement. Avant même l’élection, il traîne une dette de 4,5 millions $, et il devra faire sans un avion pendant la campagne électorale. Dans un pays vaste comme le Canada, c’est un handicap majeur.

Comment le NPD s’en sortira-t-il ? La course électorale nous le dira.