La mine Wallingford-Back à Mulgrave-et-Derry

Une mine, c'est plus qu'un trou

ÉDITORIAL / Dans un coin reculé de la Petite-Nation, une ancienne mine désaffectée depuis 1972 attire de multiples curieux qui y viennent, hiver comme été, pour admirer la beauté des lieux.
Si l'on se fie aux vives réactions des quelques résidants de Mulgrave-et-Derry, ils créent des bouchons et leur empoisonnent une existence qu'ils souhaitaient paisible. Mais la principale solution proposée est de simplement dynamiter l'endroit ?
Cette année, c'est comme si les vannes s'étaient soudainement ouvertes. Un dimanche du mois d'août, il y a eu jusqu'à 200 véhicules garés sur ce chemin conçu pour une poignée de citoyens de cette minuscule municipalité située à une vingtaine de minutes au nord de Buckingham. Même si le lieu est difficile d'accès, tous ces aventuriers de la ville vont y découvrir ce que la nature a réclamé de ce qui fut, il y a longtemps, la plus importante mine de quartz en Amérique du Nord, selon certaines sources. L'eau s'est infiltrée et la lumière qui s'y reflète a séduit un public dont la curiosité a été piquée par un reportage sur les ondes de CTV sur les attraits insoupçonnés du Canada, le 1er janvier dernier. 
Les gens vont s'y baigner, certains y font de la plongée sous-marine. L'hiver s'y déroulent des parties de hockey comme antan, sur un étang naturel. Des photographes amateurs immortalisent l'endroit pour le partager sur les médias sociaux, et au moins un professionnel y a trouvé un cadre enchanteur pour des photos de mariage.
La mine Wallingford-Back est située sur des terres qui appartiennent au ministère québécois des Ressources naturelles, mais administrée par la municipalité de Mulgrave-et-Derry.
Dans un reportage de notre collègue Benoît Sabourin, le mois dernier, on sent bien le maire Michael Kane à bout de ressources avec ce trou qui cause des soucis à ses concitoyens. Le député de Papineau, Alexandre Iracà, a débloqué un petit budget pour policer les lieux, l'été passé, mais ça ne règle pas le problème à la source.
Mercredi s'est tenue une rencontre exploratoire sur la mine avec quelques partenaires intéressés. C'est une bonne chose que Tourisme Outaouais ait été invité : il y a un réel besoin d'analyser ce lieu avec des yeux neufs. 
Trois problèmes doivent être étudiés. À court terme, il y a la sécurité des résidants, dont les voies d'accès sont bloquées aux véhicules d'urgence, et des visiteurs. Les clôtures installées par le ministère ne résistent pas aux assauts des curieux. À plus long terme, il faut réétudier le potentiel récréotouristique de la mine, s'il existe réellement. L'effet de mode s'estompera peut-être aussi subitement. Un premier exercice du genre, en 2005, n'avait pu identifier un partenaire qui aurait pu aménager les accès et peut-être les mettre en valeur. Pour le moment, c'est toujours le laisser-aller et pas tous les usagers démontrent un savoir-vivre exemplaire, à en juger par les déchets qu'ils laissent traîner. Parallèlement, si la mine doit être convertie en attrait touristique, il faudra améliorer la route qui y mène, ainsi que la signalisation. 
Tout cela écarte la « solution finale » que proposent certains : le dynamitage pur et simple de la mine Wallingford-Back. Détruire ce lieu serait ridicule à ce moment-ci. Peut-il s'inscrire dans le patrimoine naturel de l'Outaouais, au même titre que la caverne Laflèche ? Nous n'en sommes pas là. Mais ce n'est pas en effaçant ce bout d'histoire industrielle que l'on règle le dossier.