La jeune Greta Thunberg était à Montréal vendredi.

Une marche mue par Greta Thunberg

ÉDITORIAL / Mus par la présence au Québec de la jeune militante suédoise Greta Thunberg, les manifestants sont sortis en masse dans les rues, hier. Des sources indépendantes ont estimé la participation à quelque 350 000 personnes dans les rues de Montréal. Les organisateurs ont avancé le chiffre du demi-million, un record. Dans la région d’Ottawa-Gatineau, on parle de dizaines de milliers de personnes.

Dans la métropole, la manifestation était si importante que les premiers marcheurs avaient déjà terminé leur parcours de quelque 4 km alors les derniers n’avaient pas encore démarré. Il régnait une ambiance bon enfant sur le tracé qui zigzaguait au centre-ville : beaucoup de jeunes qui avaient obtenu un congé, mais aussi plusieurs familles avec leurs affiches peintes à la main, des personnes âgées, des gens des communautés linguistiques et culturelles, des autochtones, etc. C’était l’occasion pour les mouvements de tout acabit de sortir et de se galvaniser autour d’un projet rassembleur et ils l’ont fait de magistrale façon.

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Une mobilisation «historique» à Montréal avec Greta Thunberg

Maintenant, est-ce que cela changera quelque chose ? Il faut le croire. Les mouvements environnementalistes étaient marginaux, il y a 30 ans, ne rejoignant qu’une poignée de convaincus. Hier, ce n’était plus du tout le cas. On y témoignait d’une réelle urgence d’agir.

« Je me sens émue de voir autant de passion dans les cœurs pour marcher et pour se rallier. C’est une très bonne journée », a déclaré Greta Thunberg, qui lançait un message similaire devant les Nations-Unies, lundi. C’est tout un coup d’éclat pour les organisateurs d’avoir réussi à la faire venir.

Au départ, elle ne voulait pas rencontrer de politiciens. Mais elle a finalement accepté un court entretien avec le premier ministre Justin Trudeau, qui a bien besoin d’aide pendant cette campagne électorale. Il a promis la plantation de 2 milliards d’arbres d’ici 2030, un engagement qui s’avère vague puisqu’il dépasse de sept années le prochain mandat de M. Trudeau. Des arbres qui seront payés à même les profits du pipeline Trans Mountain, que le gouvernement libéral a acheté en mai 2018 pour 4,5 milliards $…

Ce qui a fait dire à Mlle Thunberg que « Justin Trudeau n’en faisait pas assez… »

Certes, avec son pipeline, M. Trudeau souffle le chaud et le froid sur cette question. D’un côté, plusieurs bonnes actions, dont 27 milliards $ investis en réseaux de transport en commun aux quatre coins du pays, mais cet oléoduc, qui sera réaménagé pour satisfaire les besoins énergétiques de l’Alberta, s’avère une grosse tache aux yeux des militants.

Une chose est certaine : le conservateur Andrew Scheer, et à plus forte raison Maxime Bernier, du Parti populaire du Canada, sont à la traîne sur la question des changements climatiques. M. Scheer ne les nie pas comme son prédécesseur Stephen Harper, mais il propose un train de mesures disparates pour les combattre. Ce n’est pas suffisant. Le duo de la droite au Canada n’était pas à la marche de Montréal, ni ailleurs. 

Cette position lui fera-t-il tort ? Oui, si l’on croit que la marche pour le climat est un point de bascule, comme le mentionnait la militante Ève Grenier Houde, porte-parole de Fridays For Future. « Il y aura un avant et un après 27 septembre. » 

Cette marche s’est avérée un succès majeur. Cela a dépassé les rêves les plus fous des organisateurs. Un jour de semaine en plus. Mais les institutions d’enseignement se sont passé le mot, et il faisait un soleil radieux hier. Cela a contribué grandement à en faire une réussite. 

Mais est-ce que ce sera le « point de bascule » rêvé par certains ? Il est bien tôt pour le dire. Si les jeunes, tout particulièrement, sortaient en masse pour voter le 21 octobre, on pourrait conclure positivement. Mais rien n’est moins sûr…