Oprah Winfrey acceptait dimanche un prix pour l’ensemble de sa carrière dans le cadre de la cérémonie des Golden Globes.

Une longue route attend Oprah

ÉDITORIAL / Il n’aura fallu que quelques paroles inspirées et inspirantes d’Oprah Winfrey, dans une Amérique en mal d’espoir, pour lancer un flot de spéculations sur son éventuelle campagne présidentielle. Oh sur combien peu reposent parfois les rêves !

Ceci n’est pas un reproche aux électeurs des États-Unis séduits par le parcours de l’animatrice de télévision devenue productrice et milliardaire, bien que totalement novice au plan politique. Ils sont peut-être plus fascinés que d’autres par le « rêve américain » qui fait miroiter la réussite et les millions pour tous, même ceux qui ont connu des débuts les plus modestes. Mais ce n’est pas le seul pays à propulser des personnalités dans l’arène politique. Le Libéria vient d’élire un ancien champion de soccer à sa présidence, George Weah. Et que dire de Justin Trudeau qui n’a eu qu’à prononcer un éloge funèbre mémorable à la mémoire de son père pour que des libéraux nostalgiques lui voient, dès 2000, une carrière politique...

Mme Winfrey acceptait dimanche un prix pour l’ensemble de sa carrière dans le cadre de la cérémonie des Golden Globes. Elle ne s’est pas limitée à des remerciements d’usure. Les réflecteurs étaient braqués sur elle alors que l’auditoire de vedettes de Hollywood, toute de noir vêtue, marquait la fin – du moins, l’espère-t-elle – d’une époque où les agresseurs avaient beau jeu pour profiter de la vulnérabilité de leurs victimes, principalement des femmes. Il s’agissait de la première cérémonie de l’industrie du divertissement depuis les dénonciations visant le producteur Harvey Weinstein et Mme Winfrey en a profité pour rappeler la place encore à prendre pour les femmes et pour les minorités visibles dans cette industrie et dans son pays. Rares sont les histoires à succès des femmes noires aux États-Unis et il n’était pas anodin que la sortie d’« Oprah » survienne au moment où une personnalité issue de leurs rangs, Donald Trump, bouleverse la culture politique. Le magnat de l’immobilier, devenu héros de la télé-réalité, fait fi de tous les dogmes de Washington en ramenant un discours d’intolérance des minorités sexuelles, raciales, économiques, même morphologiques. Cela se fait au grand dam de leaders d’opinion plus progressistes dont Oprah Winfrey qui n’allait pas rater l’occasion.

Il n’en fallait pas plus pour donner une nouvelle impulsion à ses velléités politiques même si elle les a à plusieurs reprises niées dans un passé même récent.

Mais le Parti démocrate se cherche un porte-étendard pour la prochaine élection présidentielle. L’année 2020 sera consacrée à la campagne présidentielle, et 2019, à l’investiture du parti. Quiconque aspire à la présidence doit tout de suite préparer son organisation. On soupçonne d’ailleurs deux autres sénatrices Kamala Harris – déjà baptisée la « Obama féminine » – et Elizabeth Warren de caresser de similaires aspirations. Il n’est pas trop de 18 mois pour recruter les meilleurs travailleurs d’élection et directeurs de financement. 

Oprah Winfrey devra surtout bâtir un programme qui rejoindra les espoirs d’une majorité d’Américains. Les électeurs flairent le chiqué et les candidats qui sont là plus pour nourrir leur ego que d’offrir des solutions à la population. Une femme de tête à la parole facile comme Mme Winfrey a la victoire facile devant un auditoire conquis d’avance comme celui de Hollywood, et même ceux des états démocrates comme la Californie. Le défi grimpe de plusieurs crans dans les états rouges de la « Rust Belt » où Donald Trump a profité de la désillusion et de la méfiance devant les élites bien-pensantes pour paver sa victoire de 2016.