Notre éditorialiste ne voit pas l'urgence d'une mise à jour économique. Cela sent l’opération de sauvetage politique de la jeune carrière de Bill Morneau.

Une inutile mise à jour économique

ÉDITORIAL / La mise à jour économique que doit présenter le ministre des Finances Bill Morneau, aujourd’hui, sent l’opération de sauvetage politique à plein nez. Oui, de bonnes nouvelles économiques sont passées inaperçues, mais suffiront-elles à extirper le ministre du pétrin dans lequel il s’est lui-même enfoncé ?

L’idée de ces mises à jour remonte, sauf erreur, à 2008 alors qu’une crise financière ébranlait les pays industrialisés. Il y avait un déficit de crébilité provoqué en bonne partie par l’éclatement d’une bulle du marché hypothécaire aux États-Unis. La valeur de placements audacieux, les fameux « papiers commerciaux », s’effondrait et emportait des banques et des géants de la finance comme Bear Stearns et Citigroup. Le ministre des Finances de l’époque, Jim Flaherty, était justifié de présenter une mise à jour économique aux Canadiens : les mesures du budget précédent n’avaient pas anticipé une telle crise et il aurait été imprudent d’attendre jusqu’au printemps suivant pour réagir.

M. Flaherty avait envoyé des signaux clairs à tous les échelons de l’État qu’il fallait réagir rapidement. Le gouvernement conservateur a limité les dépenses administratives, plafonné les augmentations salariales des fonctionnaires et des élus, réinvesti dans les programmes d’exportation, assoupli les règles des RÉER pour les aînés, etc. En fait, la mise à jour de novembre 2008 était très ambitieuse, car l’époque l’exigeait. Qu’en est-il aujourd’hui ? Rien de cela.

À la grande surprise des apôtres de malheur, l’économie canadienne se porte très bien. Le chômage est à un plancher en 10 ans. La croissance du Produit intérieur brut, le fameux PIB, atteint les 4,5 %, en tête parmi tous les pays du G7. Le déficit budgétaire serait inférieur de 10 milliards $ aux 28 milliards $ annoncés pour 2017. 

Ce sont d’excellentes nouvelles qui semblent indiquer que l’ambitieux plan d’investissement dans les infrastructures claironné par le Parti libéral pendant la campagne électorale de 2015 fonctionne encore mieux que prévu. Les moteurs économiques du pays tournent à plein régime, au point où la Banque du Canada s’est permis de hausser deux fois le taux d’intérêt de base après des années d’immobilisme prudent.

Ce portrait très positif mérite-t-il que le ministre des Finances dépose une mise à jour économique à ce moment-ci ? Nous n’y voyons pas l’urgence. 

Lundi, les rumeurs laissaient entrevoir une bonification de l’Allocation canadienne pour enfants trois ans plus tôt que prévu. Cela a des odeurs de désespoir pour un gouvernement qui veut que les Canadiens parlent d’autre chose que du ministre des Finances.

Certes, il a été parfois malmené pour rien. L’histoire concernant sa propriété en France, divulguée dès 2015, ne sent pas le scandale que l’opposition décrie. Mais qu’il n’ait pas placé sa fortune derrière une fiducie sans droit de regard est étonnant. Surtout que l’entreprise familiale Morneau Shepell maintient des liens d’affaires avec le gouvernement fédéral. 

Quant à la fin des échappatoires fiscales reliées à l’incorporation d’entreprises familiales par des professionnels, des agriculteurs et autres, il s’agissait d’une initiative bien intentionnée sur le fond, mais mal définie dans sa forme. Lancée en plein été, mal expliquée et mal ciblée, elle devait être revue en profondeur pour atteindre l’objectif fixé d’une meilleure justice fiscale pour les Canadiens. Ce virage est en train de s’opérer.

Mais livrer une mise à jour économique pour tout ça ? Au risque de se répéter, cela sent l’opération de sauvetage politique de la jeune carrière de Bill Morneau.