Le premier ministre du Québec François Legault et le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge

Une guerre en vue au Québec

ÉDITORIAL / Après avoir « réglé » la question de la laïcité au Québec, le gouvernement de François Legault s’en prendra prochainement aux commissions scolaires. Ce n’est pas une surprise, car cela faisait partie du programme de la Coalition avenir Québec, mais le moment choisi est particulièrement mauvais.

Le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, avait commandé en janvier dernier une étude sur des malversations concernant la Commission scolaire English-Montreal. Des éléments du rapport, publié la semaine dernière, font mention de contournements au processus d’appel d’offres, de livraisons de contrats de plus de 100 000 $ de gré à gré, d’« extras » versés sans justification, etc. Le bilan est lourd et s’inscrit dans une durée de plus de 10 ans.

Ce ne serait pas la seule prise la main dans le sac : « des irrégularités semblables ont été observées dans d’autres commissions scolaires », a dit le ministre.

La Commission scolaire English-Montreal est cette même organisation qui a intenté une poursuite contre le gouvernement dans l’espoir d’invalider le transfert de deux écoles aux francophones. Il s’agissait d’écoles à moitié vides à la CSEM, alors que la commission scolaire francophone débordait.

Mais que le torchon brûle entre Québec et la CSEM, et que le ministre Roberge se serve de cela pour déclencher son projet de loi, il y a une marge. Une grosse marge.

Car le ministre Roberge estime que ce qui se passe à la Commission scolaire English-Montreal prouve que « le système de gouvernance des commissions scolaires est vicié à la base ».

Il prévoit déposer son nouveau projet de loi d’ici un mois.

La CAQ n’a jamais été une amie des commissions scolaires. À son avis, c’est un niveau de gouvernance en trop, dans un réseau scolaire en perpétuelle réforme. Ainsi, il propose de les abolir pour créer des « centres de services » dont on ne sait encore précisément ce qu’ils feront. Tant que ces centres ne seront pas définis, cela demeure une profession de foi aveugle dans les intentions du gouvernement.

Certes, les commissions scolaires vivent des stress permanents. À commencer par un problème de représentativité : les élections scolaires sont boudées par la population, qui ne vote qu’à hauteur d’environ 10 %. On a suggéré que le jour du vote soit déplacé lors des élections municipales, dans l’espoir d’augmenter la participation. L’expérience de l’Ontario, qui a conjugué les deux, ne leur apportera aucun réconfort. En Ontario, les élections scolaires passent inaperçues derrière le vote à la mairie et pour les conseillers municipaux.

Il doit y avoir moyen de trouver une solution. S’il y a un problème de gestion dans certaines commissions, il ne faut pas les abolir pour autant, mais régler ces problèmes.

Enfin, il y a l’énorme défi de la protection constitutionnelle conférée aux Anglo-Québécois. Le gouvernement ne peut simplement les biffer de sa vue parce qu’il y a un problème dans deux ou trois commissions scolaires. Il doit respecter la Constitution qui protège l’enseignement en anglais au Québec. Mais la protection est floue : est-ce le droit de recevoir un enseignement en anglais qui est protégé, ou le droit des Anglo-Québécois à participer à la gestion locale de son réseau éducatif ? Chose certaine, une garantie existe.

Chose certaine, le premier ministre François Legault et son ministre Roberge s’apprêtent à déclencher une guerre sur la question des commissions scolaires. Une querelle qui durera jusqu’aux prochaines élections au Québec, et plus encore.