En cinq ans, le Canada hors Québec n’a accueilli que 26 000 immigrants francophones.

Une attente qui asphyxie

ÉDITORIAL / En dévoilant des cibles pluriannuelles pour l’immigration au Canada, le gouvernement fédéral a répondu au desiderata des provinces et aux municipalités qui accueillent ces populations motivées par un nouveau départ. Elles pourront mieux planifier leurs capacités d’accueil, et sur une période de trois ans.

Cela règle bien d’inutiles questionnements administratifs. Maintenant, nous savons que la cible de 300 000 immigrants qui doivent entrer au Canada en 2017 sera portée à 310 000 l’an prochain, 330 000 en 2019, et 340 000 en 2020. 

Jusqu’ici, la capacité d’accueil de l’immigration canadienne était fixée chaque année. Ce sera plus facile pour tous les acteurs de cette filière d’en prévoir les besoins à plus long terme.

Mais au-delà de ces chiffres, et d’un point de vue francophone, cette annonce manque grandement de détails. Car si le Canada n’a aucune difficulté à atteindre ses objectifs d’immigration — au contraire, nous les trions aux points d’accueil —, il faillit amèrement au chapitre des arrivants francophones. Ce constat est particulièrement criant alors que nous sommes en pleine Semaine nationale de l’immigration francophone.

Le ministre de l’Immigration, Ahmed Hussen, est bien informé. Il y a quelques jours, il participait au coup d’envoi au Collège Samuel-Genest, à Ottawa de la première de quelque 100 activités à ce sujet à travers le pays.

Ce même jour, Le Droit publiait une analyse du recensement de 2016 de notre collègue Sébastien Pierroz sur cette même question. En cinq ans, le Canada hors Québec n’a accueilli que 26 000 immigrants francophones. Et encore : pour arriver à ce total, il a fallu inclure tous ceux qui ont appris le français après leur langue maternelle, ainsi que tous ceux qui viennent de pays francophones (présumant qu’ils parlent français). 

Cette performance de 2,6 % ne parvient pas à assurer la pérennité des communautés francophones en milieu minoritaire. La cible souhaitée est de 4,4 % au fédéral et de 5 % en Ontario. Nous sommes donc bien loin des objectifs. Ottawa est bien au courant que nos communautés et notre économie ont besoin de l’immigration pour assurer son avenir. Le ministre Hussen répète à cet effet le refrain de ses prédécesseurs. Mais si c’est vrai pour le Canada dans son ensemble, cet échec de l’immigration francophone à ce chapitre est criant.

Par bonheur, il existe des solutions. Le fédéral les connaît déjà fort bien. Sa Feuille de route pour les langues officielles s’articule autour de trois piliers, dont l’immigration. Des activités de promotion et de recrutement de travailleurs francophones auprès des employeurs y sont déjà incluses. Mais de toute évidence, le Canada n’en fait pas assez. Il faut doubler les efforts, doubler les mesures d’appui, doubler les budgets de recrutement et d’encadrement. 

Cela fait des mois que la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, poursuit les consultations sur le renouvellement de la Feuille de route. Ça traîne. Et puis des doutes subsistent : la FCFA, la Fédération des communautés francophones et acadienne, veut s’assurer que l’argent ciblé pour l’immigration est bel et bien consacré à des initiatives comme Avantage significatif francophone, et n’est pas détourné vers d’autres fonctions. 

L’annonce de cibles pluriannuelles, hier, a donc du bon ; quand on s’attarde aux détails, plusieurs questions demeurent sans réponse. Le ministre Hussen et sa collègue Mélanie Joly les connaissent, mais l’attente de mesures concrètes asphyxie les communautés minoritaires.