Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, saluant une famille de réfugiés syriens.

Une année d'intégration

ÉDITORIAL / Il y a un an, l'arrivée de milliers de réfugiés syriens au pays faisait la manchette. Un an plus tard, alors que quelques centaines d'autres finissent d'entrer, le Canada peut dire : « Mission accomplie. »
Nos nouveaux compatriotes ne partagent pas nécessairement ce bilan positif mais d'un côté comme de l'autre, nous réalisons tous que 12 mois s'avèrent un bien court laps de temps pour refaire sa vie...
Si nous nous replaçons dans l'esprit d'il y a un an, nous rappellerons d'entrée de jeu que Justin Trudeau et les libéraux venaient tout juste d'être élus. L'accueil de 25 000 réfugiés « avant la fin de l'année 2015 » faisait partie de leurs engagements électoraux. Une partie de la victoire libérale s'est jouée justement sur cette question, ou à tout le moins, sur l'approche de suspicion et de menace que représentait la crise des migrants aux yeux du gouvernement conservateur de Stephen Harper. Les Canadiens ont rejeté l'approche conservatrice et plutôt adopté celle de l'ouverture et de la confiance.
Premier constat : cette ouverture face à l'étranger n'a pas été trahie à date. Selon le credo conservateur, se faufileraient quelques agents dormants de groupes terroristes sympathiques au message de jihad de Daesh ; seul l'avenir nous le dira. Mais depuis l'arrivée de ces 36 000 réfugiés syriens, dont quelque 6900 au Québec, il appert qu'ils ont été des citoyens modèles sur le plan de la sécurité intérieure. Aucun épisode de violence impliquant ces nouveaux Canadiens n'a fait la une des journaux. Cela peut sembler superflu de le mettre en évidence aujourd'hui mais dans le contexte de 2015, ce n'est pas anodin.
Un an plus tard, l'intégration physique de ces milliers de personnes s'est déroulée sans anicroche. Dès leur arrivée au sein des communautés, on leur a offert des vêtements de saison appropriés qui leur ont permis de franchir la barrière hivernale sans frissonner comme trop de nos sans-abri. Des groupes de citoyens se sont mobilisés pour leur trouver un toit, des meubles, une école pour les enfants, un réseau de services sociaux, des personnes contact pour répondre à toute question pressante, etc.
Comme tous s'y attendaient, la barrière de la langue consiste le principal obstacle une fois que la communauté d'accueil a répondu aux besoins de première nécessité. 
Cela s'est avéré encore plus le cas au Québec. Autant les Québécois sont fiers du français, il demeure que l'anglais est devenu la lingua franca, la première langue des interactions internationales et les réfugiés syriens ont tous été un peu en contact avec l'anglais, mais bien peu avec le français. Ils ne comprendront pas tous les susceptibilités linguistiques du Québec et les difficultés d'intégration qu'ils vivront s'ils n'apprennent pas le français. Ceux qui ont choisi la Belle Province avaient déjà accepté l'idée d'apprendre la langue de Molière mais la réalité du défi linguistique se vit maintenant de manière très concrète. La tâche est encore plus ardue pour les Syriens de professions libérales qu'ils espèrent reprendre ici, et qui exigent une connaissance plus pointue du français, langue de travail du Québec, qu'un briqueleur ou un joaillier.
Une année d'intégration, c'est bien peu dans une existence. Les réfugiés sont impatients de retrouver la vie normale qu'ils avaient avant le conflit dans leur pays. Espérons qu'ils ne seront pas une génération sacrifiée, comme bien des immigrants qui vivent pour offrir à leurs enfants l'espoir d'une vie meilleure.