Un Trump présidentiel

ÉDITORIAL / Jusqu'à son discours devant le Congrès, mardi, Donald Trump n'avait jamais réussi à se défaire de ses habits de candidat républicain. Il reste à voir si le nouveau Donald Trump, plus posé, plus présidentiel, durera plus qu'une soirée, ou s'il retrouvera son personnage truculent et provocateur.
Le monde n'a pas vraiment besoin de cette caricature de président mais d'un chef d'État décidé mais conciliant, capable d'être le leader pour tous les Américains, et pas que pour sa base de droite déçue de la direction du monde moderne. 
Évidemment, sur le fond, au plan de la personnalité et des idées, Donald Trump demeure le même homme. Son impolitesse, ses agressions verbales à l'endroit de femmes et d'immigrants, elles demeurent fermement écrites sur le tableau de l'histoire. Il ne peut les effacer. Mais il peut montrer une autre facette de sa personnalité, et c'est ce qu'il a fait devant le Congrès.
De toute évidence, il a écouté quelques-uns de ses conseillers. Il s'en est tenu à son texte et évité de se perdre en élucubrations spontanées sur une planète binaire où il n'y a que des amis (qui disent comme lui) et des  «ennemis», ceux des médias qui colportent de «fausses nouvelles», des Ddmocrates qui lui ont légué un pays à feu et à sang, avec une économie en ruines. À toutes ces énormités nous pouvons répondre qu'il y a dans toutes les grandes démocraties des journalistes qui révèlent des choses embêtantes -- et qui se trompent parfois. Que la violence dans les rues existait bien avant l'élection de Barack Obama. Et que le chômage est très bas à 4,5 %... même si des millions de bons emplois industriels ont été remplacés par des jobines au salaire minimum. 
Donald Trump a des idées bien arrêtées sur la direction qu'il veut faire emprunter aux États-Unis. Il a été élu démocratiquement -- et il est inutile de rappeler que son adversaire Hillary Clinton a récolté plus de votes que lui. Cela ne fait que jeter de l'huile sur le feu et piquer à vif le nouveau président qui, nous l'avons appris, est chatouilleux lorsque sa légitimité électorale et son autorité morale sont remises en question. 
Sous Justin Trudeau, le Canada défend un ensemble de valeurs qui sont, à bien des égards, très différentes de celles incarnées par M. Trump. Mais nous ne construirons rien d'une relation de voisin et de partenaire en martelant nos dissimilitudes. Le premier ministre l'a bien incarné lors de sa visite à la Maison-Blanche, insistant sur ce qui nous rassemble plutôt que ce qui nous éloigne. En ramenant à ses côtés l'ancien premier ministre conservateur Brian Mulroney, Trudeau a su travailler au-delà des lignes partisanes.
Devant le Congrès, Donald Trump est revenu sur des éléments de son programme électoral. Mais certaines aspérités s'émoussent. L'ALÉNA qui était «le pire traité commercial de l'histoire de l'humanité» n'a plus besoin que d'«ajustements». De la crise des migrants syriens et de l'immigration musulmane, il veut aujourd'hui apprendre des politiques adoptées en Australie et au Canada. Et il a plus d'une fois tendu la main aux démocrates pour le bien des États-Unis. 
M. Trump demeure un président issu de la droite républicaine. Anti-avortement, pro-armée, suspicieux des changements climatiques, etc. Les Américains ont fait leur choix. Mardi, il a montré des indices d'être le président pour tous ses compatriotes, et c'était rafraîchissant.