Le train léger n’arrivera en gare à Ottawa que tard cet automne, et pas le 24 mai comme prévu.

Un train en retard? Bof...

ÉDITORIAL / Le train léger n’arrivera en gare à Ottawa que tard cet automne, et pas le 24 mai comme prévu. Bof, ce sont des choses qui arrivent. La population s’est faite à l’idée que ces énormes chantiers, comme celui de 2,1 milliards $ pour un corridor ferroviaire qui traverse la capitale d’est en ouest, comporteront leur lot de soucis et de retards.

Tout le monde se souviendra de cet historique affaissement sur la rue Rideau, à l’angle de la promenade Sussex, en juin 2016 : il a fallu des jours pour le remplir de béton, et la circulation a été perturbée pendant des semaines. Le consortium Groupe de transport Rideau avait figuré qu’il y aurait des délais et des retards, mais un tel affaissement ? Les contribuables comprendront que cela vient perturber même les plans de contingence élaborés des années à l’avance.

Par chance, tous les coûts engendrés par cet affaissement, ainsi que tous les autres retards, sont assumés par RTG. Il y a au moins cela de bon. On a vu dans le passé, ici et ailleurs, trop de dépassements de coûts refilés à des gouvernements locaux coincés non seulement à endurer les retards et les coûts qui y sont associés, mais aussi les dépenses supplémentaires pour garder des centaines de travailleurs sur des chantiers pendant des mois de plus.

Le maire Jim Watson peut au moins se vanter que tout cela est à l’abri du fardeau des citoyens.

Il a passé des années à dire que le réseau du train léger serait livré « à temps et dans le respect des budgets ».

Maintenant, il est officiel que son engagement « à temps » ne tiendra plus. Le 24 mai était un objectif illusoire : la station du Centre Rideau, par exemple, est loin d’approcher les étapes finales.

En décembre, le maire savait déjà que l’échéancier ne pourrait être respecté, mais il ne pouvait dire de combien. Cette semaine, il a annoncé que ce ne serait pas avant le 2 novembre... pour la livraison du réseau par RTG. Il faudra quelques semaines de plus pour tous les derniers tests.

Le maire Watson se sait vulnérable sur cette question. S’il a confirmé ses intentions de se représenter à l’élection municipale de l’automne, il ne connaît pas encore ses adversaires. Si un ou deux candidats sérieux émergeaient, ils pourraient lui faire la vie dure sur cet échéancier irréaliste.

Au moins a-t-il appris de l’expérience du Rapibus : pas d’inauguration pendant les élections. Son vis-à-vis de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, doit une partie de sa victoire électorale de 2013 à la gaffe de l’inauguration du Rapibus. Le maire d’alors, Marc Bureau, avait été naïf de croire que la Société de transport de l’Outaouais saurait livrer un corridor de transport en commun en pleine campagne électorale. Quand la situation a déraillé, la STO n’a su récupérer la situation, et pas plus M. Bureau. Cela a ouvert la voie à la victoire de M. Pedneaud-Jobin.

En fait, nul ne sait si les deux maires s’en sont parlé. Mais la leçon est fraîche à la mémoire de tous, et juste de l’autre côté de la rivière des Outaouais.

Enfin, il faut s’interroger sur le fait que le maire Jim Watson aurait dispensé le consortium de verser l’amende en cas de retard. Un million $ sur un contrat de 2,1 milliards $, ce sont des peccadilles. Mais il vaut mieux l’avoir dans les poches des contribuables que celles de RTG. C’était dans le contrat, RTG s’attendait certainement à faire le chèque. Pourquoi sacrifier 1 million $ sans raison ? Certains conseillers font bien de creuser les motifs de cette décision inattendue.