Mona Fortier, candidate libérale dans la circonscription fédérale d'Ottawa-Vanier

Un schisme à réparer

ÉDITORIAL / L'investiture du Parti libéral dans Ottawa-Vanier, qui s'est terminée avec le couronnement de Mona Fortier, dimanche, a révélé une fois de plus une communauté franco-ontarienne divisée. Si le phénomène n'est pas nouveau, à l'avenir, il pourrait lui être fatal. Une sérieuse réflexion devrait avoir cours en son sein afin de prévenir un tel affaiblissement.
L'investiture opposait huit candidats dont quatre étaient issus de la communauté franco-ontarienne « de souche », peut-on dire. Il s'agissait de Mme Fortier, de Véronique Soucy, de Francis LeBlanc et Nicolas Moyer. Ainsley Malhotra est une anglophone tandis que les communautés culturelles d'Ottawa ont fourni les trois autres candidatures, celles de Khatera Akbari, Eric Khaiat et Jean-Claude Dubuisson. 
Alors que l'investiture provinciale pour la même circonscription, l'automne dernier, n'a impliqué que trois candidates -- Nathalie Des Rosiers l'a emportée, puis a gagné la partielle --, huit candidats pour l'investiture fédérale témoignent du dynamisme, mais aussi de la démographie changeante dans l'est d'Ottawa. 
Bien connues, Mmes Fortier et Soucy ont divisé malgré elles les forces franco-ontariennes. Davantage que la présence de MM. LeBlanc et Moyer. Plusieurs Franco-Ontariens ont témoigné privément du dilemme qu'ils avaient à choisir entre ces deux femmes qui, somme toute, présentaient des qualités et des parcours apparentés. Des bénévoles ont même travaillé dans les deux camps, ne voulant afficher une préférence pour une candidate. Il y aurait eu des appels, peut-être même des pressions, pour que l'une ou l'autre cède sa place et que les forces franco-ontariennes se conjuguent derrière une seule candidate féminine. Cela n'est pas arrivé. Il y avait des gens qui refusaient obstinément d'appuyer la candidate de l'autre camp.  
Cette division malsaine n'est pas nouvelle, a-t-on rappelée. Elle s'est exprimée à plusieurs reprises dans l'histoire même récente. Si la communauté était fermement en appui au mouvement SOS Montfort, dont on célébrera les 20 ans de la genèse dans quelques semaines, les Franco-Ontariens ont été profondément divisés sur la stratégie à adopter pour sauvegarder l'hôpital. Certains poussaient pour une négociation derrière des portes closes avec le gouvernement de Mike Harris, au nom d'une certaine concorde avec les voisins anglophones, d'autres arguaient pour la confrontation juridique ; ce dernier camp qui a prévalu, jusqu'à la victoire devant la Cour d'appel de l'Ontario.
De la même manière, la communauté franco-ontarienne se bat intensément depuis trois ans pour faire avancer le principe d'Ottawa, capitale bilingue. Encore ici, deux groupes ont proposé des solutions qu'ils mettent de l'avant. Cette division des intérêts n'aide pas à trouver une piste favorable. L'entêtement du maire Jim Watson, couplé à son talent à brouiller le dossier, rend même toute avancée illusoire aux yeux de certains.
Au-delà des qualités des candidates, seule la solide organisation terrain derrière Mona Fortier a évité une défaite pour une Franco-Ontarienne. Mais surprise, c'est Mme Akbari qui a terminé en deuxième place ; cette jeune comptable, bilingue et solide, a fédéré beaucoup des votes « ethniques » de la circonscription.
Ottawa-Vanier est-elle mûre pour un candidat anglophone ou issu des communautés culturelles ? Peut-être. Mais les francophones détiennent peu de circonscriptions hors du Québec et de l'Acadie et la présence d'un château-fort a pour eux une grande valeur. Avant de le céder à d'autres, les Franco-Ontariens doivent parler d'une même voix et éviter tout schisme qui affaiblit leur voix déjà peu audible dans tous les forums politiques que sont la Chambre des communes, le Sénat, l'Assemblée législative ou les conseils municipaux.