Doug Ford, premier ministre ontarien

Un remaniement qui en dit long

ÉDITORIAL / Doug Ford y est allé d’un gigantesque remaniement de son gouvernement, jeudi, un branle-bas étonnant après une seule année au pouvoir. Démis de leurs fonctions sont le ministre des Finances, la Procureure générale, la ministre de l’Éducation, la ministre des Services sociaux et la ministre de la Formation des Collèges et Universités, cinq des plus importants portfolios de l’administration en poste.

Vic Fedeli n’aura livré qu’un seul budget aux Finances. Caroline Mulroney se retrouve aux Transports et Lisa Thompson quitte l’Éducation où elle s’est butée à une population frileuse des changements mis de l’avant par le gouvernement Ford. Enfin, Lisa MacLeod, de Nepean, a plié bagage devant la crise du financement de l’autisme tandis que Merrilee Fullerton, de Kanata, a cédé devant les protestations des milieux universitaires, en proie à de profonds bouleversements.

Personne ne perd son poste au cabinet. Ils héritent tous de fonctions allégées. Le revers de cela ? Le gouvernement se retrouve avec 28 ministres, au lieu des 21 de l’an dernier. Doug Ford avait insisté sur ce nombre par souci d’économie. Un autre engagement qui décolle.

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« Nous mettons les bonnes personnes aux bons endroits au bon moment », s’est borné à dire le premier ministre.

Sur le fond, rien ne changera. Ce sont encore les mêmes politiques de M. Ford que les nouveaux visages devront mettre de l’avant. Ce sont ces politiques qui font problème, pas ceux qui les ont livrées.

Cela illustre en partie que Doug Ford s’est montré sensible aux huées dont il a été récemment la cible. Il aurait l’épiderme plus douillet qu’estimé. À moins qu’il ne veuille ménager Andrew Scheer, le chef conservateur fédéral ?

M. Ford a sous-évalué la grogne que ses réformes provoqueraient. Il croyait que parce que le Parti progressiste-conservateur comptait 76 députés, il avait le champ libre pour bouleverser l’état des choses en Ontario. Ses 40,5 % d’approbation le jour du vote, le 29 juin 2018, portaient à confusion, comme tous les gouvernements qui sont choisis avec moins de 40, 41 % des voix. Il suffit de quelques décisions controversées pour que le taux d’approbation chute. Celui de Doug Ford a périclité à 22,4 %, un effondrement vertigineux pour un si nouveau premier ministre.

Cela devrait l’encourager à mieux écouter les contribuables de l’Ontario, afin de mieux comprendre leurs désirs. Certes, ils veulent toujours le beurre et l’argent du beurre : il faut passer ses messages doucement, mais avec fermeté, cherchant le moment où les réformes seront les mieux accueillies, ou du moins, les moins contestées.

Aujourd’hui, M. Ford se vante d’avoir livré 85 % de son plan électoral de 2018. Mais à quel prix ? Au prix d’avoir sacrifié une poignée de ministres fort valables au demeurant, mais qui se sont cassé les dents sur un drastique programme de redressement des finances publiques... vendu avec la promesse qu’aucun fonctionnaire ne perdrait son emploi, que le tout se ferait par attrition, par des mises à la retraite. Il s’agissait évidemment d’une chimère et les Ontariens s’aperçoivent qu’ils en font les frais. Depuis quatre mois, c’est coupe par dessus coupe qu’ils entendent, et dans plusieurs des ministères les plus névralgiques, comme l’Éducation, les Services sociaux, et celui de la Formation, des Collèges et Universités.

Un remaniement est une chose normale pour un gouvernement, même après un an. Il y a toujours des ajustements à faire. Mais des modifications mineures. Ce n’est pas ce que vient de livrer Doug Ford. Nous verrons bien comment il s’en sortira dorénavant.