Le député fédéral Steven MacKinnon et le maire de Gatineau Maxime Pedneaud-Jobin

Un pont qui refuse de mourir

ÉDITORIAL / La question d’un sixième pont interprovincial revient occasionnellement dans l’actualité. Cette fois, c’était alors que le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, affirmait qu’il ne croyait pas à ce pont via l’île Kettle. En ce sens, sa « position personnelle » rejoignait celle du maire...

Certaines voix discordantes se sont fait entendre, comme celle du député fédéral de Gatineau, Steven MacKinnon, et du conseiller municipal gatinois Jean-François LeBlanc. Rajoutons aussi dans la liste sa collègue Louise Boudrias.

« Ce n’est pas la position du conseil », a argué M. LeBlanc. 

« La dernière fois que le conseil de Gatineau s’est prononcé sur la pertinence d’un nouveau pont dans l’est, a-t-il rappelé, il l’a fait de manière unanime. »

Cinq années ont passé depuis cette prise de position. Rien n’a progressé dans ce dossier. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’était pas limpide en 2013. La Ville d’Ottawa s’était opposée au tracé de l’île Kettle, qui était loin d’avoir fini en tête des 12 corridors étudiés par les ingénieurs de la Commission de la capitale nationale. Les provinces du Québec et de l’Ontario également. La raison avait prévalu.

Mais des Gatinois continuent de marteler que le pont via l’île Kettle demeure la meilleure option de transport interprovincial à leurs yeux. Ils sont bien moins nombreux aujourd’hui, la plupart ayant acquis que ça ne se fera pas. Mais il en reste toujours quelques-uns, dont le député fédéral. Pour M. MacKinnon, c’est un enjeu local que portent dans leurs cœurs bien de ses commettants. Il s’en fait le porte-parole. C’est lui qui a fait accepter par son Parti libéral fédéral la résolution qu’un pont dans l’est est « prioritaire ». Cela garde la question en vie, quoiqu’à bout de souffle. 

La question d’un nouveau lien interprovincial a évolué depuis. Comme le maire Pedneaud-Jobin, nous constatons que ce sixième lien pourrait bien être le pont ferroviaire juste à l’ouest du pont Interprovincial. Il s’agit du lien sur lequel passerait le train qui desservirait l’ouest de Gatineau, ce projet de 2 milliards $ piloté en grande partie par le député de Hull-Aylmer, Greg Fergus, mais repris par le conseil municipal de Gatineau. Sur cette question, les positions politiques régionales sont désormais beaucoup plus claires. La CCN, la Ville d’Ottawa et la Ville de Gatineau sont toutes en appui de ce projet, qui se trouverait en quelque sorte à compléter le réseau de train léger à Ottawa. 

Il est même question, dans un horizon d’une dizaine d’années après le parachèvement du train à Gatineau, qu’il vienne remplacer le Rapibus...

Tout cela n’augure rien de bien pour le projet du pont dans l’est. 

À la place, Ottawa étudie la possibilité d’aménager un tunnel qui joindrait le pont MacDonald-Cartier et l’autoroute Queensway. Cela allégerait grandement la circulation dans la Basse-ville d’Ottawa, le grand irritant pour la capitale. Depuis l’ouverture du pont MacDonald-Cartier, l’avenue King-Edward est passée d’une jolie voie pittoresque à une « autoroute urbaine » jonchée d’automobiles et de camions lourds à toute heure du jour. 

Cela ne procurerait pas un sixième lien aux Gatinois mais cela accélérait grandement la circulation à Ottawa, et rendrait les transports interprovinciaux plus fluides.

Si cela équivaut à rejeter 50 années de revendications gatinoises — une expression alambiquée —, soit. Cela prouve que les besoins en transport évoluent entre Gatineau et Ottawa, avec des pressions pour favoriser le transport collectif et léger. Et que la perspective d’il y a cinq ans, ou même 50 ans, a beaucoup évolué depuis. Et continuera de le faire.