Un plan ambitieux

Jeudi, le nouveau gouvernement de Kathleen Wynne a livré son premier discours du Trône à l'Assemblée législative de l'Ontario. Ambitieuse en campagne électorale, la première femme à occuper le poste de première ministre en Ontario n'a pas abandonné ses rêves après sa victoire.
Cependant, son programme est téméraire à certains niveaux et Mme Wynne ferait bien de tempérer certaines ardeurs. Elle dispose de quatre années devant elle et son gouvernement ne devrait pas tout tenter de réaliser son programme tout de suite. Le carcan des finances publiques s'avère bien réel et l'agence de notation Moody's lui a déjà rappelé. Standard & Poor's suivra et rien ne laisse présager que leur bilan sera bien différent. Une décote coûtera très cher au Trésor public et limitera d'autant la marge de manoeuvre du gouvernement Wynne.
Le message est donc clair. Avant de porter ses attaques sur plusieurs fronts, Mme Wynne devrait remettre à plus tard certaines initiatives coûteuses de lutte aux iniquités sociales pour se concentrer sur celle au déficit. Rappelons qu'il atteint 12,5 milliards$ à une époque où à peu près tous les gouvernements occidentaux ont mis le couvercle sur la marmite des déficits. Après la crise financière de 2008, l'Ontario est allé dans la direction contraire; au lieu de réduire son déficit, il l'a laissé courir.
Les libéraux ont remporté une nette victoire électorale le mois dernier face à un Parti progressiste conservateur qui avait milité en faveur d'un sévère programme d'austérité budgétaire. Les Ontariens ont rejeté ce message mais Kathleen Wynne ne doit pas pour autant rejeter l'essentiel du message de la droite ontarienne. Sans basculer vers une politique d'austérité, elle doit quand même faire sienne le principe d'une saine prudence budgétaire.
Le gouvernement Wynne a dévoilé un plan d'action autour de quatre axes majeurs: la formation, les infrastructures publiques, l'appui au milieu des affaires et la réduction de la pauvreté.
Ce dernier élément, doit-on comprendre, fait partie des motivations même de la première ministre pour son action politique. Cela est fort louable et même souhaitable dans un monde où les inégalités sociales se creusent sans cesse. Sans basculer dans un État-providence qui ne serait que filet social, l'Ontario fait bien de miser sur un activisme centriste qui doit faire du bien commun le coeur de son action étatique plutôt que la création de la richesse qui revient toujours dans les mêmes poches. Mais nul besoin d'agir sur tous les plans en même temps.
Ottawa et l'est de l'Ontario vivent peut-être une réalité différente du reste de la province. Ainsi, les mesures les plus coûteuses pour réduire la pauvreté peuvent sans doute être repoussées d'une année. De la même manière, lancer le nouveau régime de retraite en Ontario peut attendre un peu; la perspective d'un gouvernement libéral au fédéral à l'automne 2015 pourrait aussi changer la donne provinciale.
Le premier champ d'intervention du gouvernement Wynne doit être le soutien au milieu des affaires, incluant une première mission commerciale prévue en Chine cet automne. Voilà qui enverra un message positif vers l'Asie, message qui devrait être entendu ailleurs dans le monde.
Parallèlement, Mme Wynne a dévoilé un programme d'infrastructures prévoyant 130 milliards$ d'investissements dans des écoles, des hôpitaux et du transport en commun. C'est bien... pour les régions urbaines. C'est pour cela qu'est tout aussi nécessaire l'infrastructure de transport vers les ressources minières du Cercle de feu. Il faut d'ailleurs s'étonner de la sourde oreille que les conservateurs d'Ottawa ont faite à ce plan de diversification économique dans une région, le nord de l'Ontario, qui en a bien besoin. Est-ce parce que ce n'est pas du pétrole? C'est l'équivalent du Plan nord au Québec, et les deux sont souhaitables.
Comme dans la vie, la gestion de l'État est question de priorités et d'équilibre. L'idée n'est pas de tout faire en même temps mais de doser l'ensemble des interventions. Kathleen Wynne et son gouvernement ont quatre années devant eux. Ils ont le temps.