Justin Trudeau a proposé mardi de racheter l'oléoduc Trans Mountain de la société Kinder Morgan pour 4,5 milliards $.

Un pari audacieux

ÉDITORIAL / C’est une réelle bombe que le gouvernement de Justin Trudeau a lancé dans le dossier de l’oléoduc Trans Mountain, mardi. Sa proposition de le racheter de la société Kinder Morgan pour 4,5 milliards $ polarise l’opinion publique.

Les néo-démocrates ont été particulièrement virulents dans leur attaque de la toute dernière idée libérale. Les conservateurs, qui sont favorables à cette idée de pipeline, s’en sont pris sur la manière...

Cette idée est loin d’être saugrenue. Elle est audacieuse, certes, voire très téméraire, mais si tout se déroule comme prévu...

Évidemment, il s’en trouvera pour la critiquer. De fait, l’intention des libéraux de concilier pipelines et environnement s’avère difficile. Dès son élection, en octobre 2015, M. Trudeau voulait clairement s’afficher en faveur de l’environnement. Il désirait marquer une nouvelle ère canadienne. Le sommet sur l’environnement COP21, à Paris, quelques semaines plus tard, marquait l’occasion et brisait le moule de neuf années de régime conservateur sous Stephen Harper. Sa stratégie ? Une taxe sur le carbone qui, à terme, donnera ses résultats.

Mais en même temps, M. Trudeau voulait s’afficher pro-pipelines pour aller chercher le vote de l’Alberta, notamment, et de la Saskatchewan. Il voulait du même coup se démarquer de son père, Pierre Elliott Trudeau, et le honnit — dans l’Ouest, du moins — Office national de l’énergie. 

Mardi, ce fut la journée où tout s’est joué. Où les intentions de Justin Trudeau sont devenues limpides. Où il a fallu choisir entre environnement et pipeline, et le choix a été net. 

Non pas qu’il était permis d’en douter. Les signaux envoyés par M. Trudeau au cours des derniers mois plaidaient largement en faveur du pipeline Trans Mountain, mais ses intentions sont devenues claires. Ce sera le pipeline... à court terme. D’ici quelques mois, ou quelques années, cet oléoduc sera revendu. Et il y aura des acheteurs prêts à payer le bon prix. Sur ces questions, cependant, il faut démontrer de la bonne foi et croire en l’avenir.

Dans le passé, Le Droit a appuyé la diversification des marchés d’exportation vers les pays d’Asie. Il faut réduire notre dépendance face aux titanesques États-Unis et le pipeline qui joint l’Alberta et la Colombie-Britannique s’inscrit dans cette stratégie. C’est la raison pour laquelle nous appuyons cette initiative de Justin Trudeau.

Il y a évidemment ceux qui martèlent que le pétrole des gaz bitumineux a une durée de vie limitée et que dans quelques années, nous en aurons fini des énergies fossiles. Nous rappelons que la fin de la demande pour cette énergie dépassera les 20 à 25 ans, et sans doute davantage. S’il y a un engouement certain pour les véhicules électriques, ce n’est pas la razzia chez les concessionnaires et les ventes demeurent anémiques, malgré de généreux incitatifs. Ce n’est pas sur le point de changer et il faudra des années avant que la soif des automobilistes pour le pétrole ne se tarisse.

Quant aux prétentions environnementales de M. Trudeau, elles sont toujours là, mais affaiblies. Il a encore plusieurs cordes à son arc, même si elles sont moins affûtées qu’avant. Face aux objections des autochtones, notamment, les libéraux ont tant investi depuis deux ans que les Premières Nations ne peuvent se fermer les yeux sur ces avancées. Face aux objections des autres, il faudra s’en faire une raison. Et puis, le gouvernement de John Horgan, en Colombie-Britannique est minoritaire et instable, maintenu en place grâce à l’appui des Verts ; il pourrait tomber à tout moment. Il ne durera pas le temps de sa contestation.

Entre temps, le pipeline Trans Mountain aura été construit.