Le maire d'Ottawa, Jim Watson, a prévu qu’il faudra augmenter les impôts fonciers de 2 % pour équilibrer le budget qui se chiffre à 3,42 milliards $.

Un morne budget? Pas du tout

ÉDITORIAL / De mauvaises langues lancent que l’ébauche du budget présenté par la Ville d’Ottawa, mercredi, est à l’image de son maire : morne et sans histoire. Comme si, en de telles matières, c’était un défaut ! Il y a pourtant bien des maires qui aimeraient défendre de tels budgets.

Ce n’est encore qu’un document de travail, évidemment. Il faudra attendre un mois avant son adoption par le conseil municipal, prévue à la séance du 13 décembre. Mais les premières réactions sont calmes : pas de vagues, pas d’esclandres (hormis l’étonnante allégation de #fauxbudget lancée par le conseiller Rick Chiarelli). Rien n’indique qu’une révolte se prépare. 

Le budget équilibré se chiffre à 3,42 milliards $. Le maire a prévu qu’il faudra augmenter les impôts fonciers de 2 % pour l’équilibrer. Cela équivaut à 75 $ par foyer, considérant un prix moyen de 400 000 $. Compte tenu du niveau des services municipaux offerts à Ottawa, cette hausse devrait être acceptée sans histoire.

Le maire Watson a habitué ses commettants à une gestion prudente des finances, doublée d’une légère augmentation annuelle. En cela, il se démarque de Bob Chiarelli, le premier maire post-fusion à Ottawa. Ce dernier visait un gel chaque année, mais dans un monde où l’inflation fait partie du paysage, ils sont intenables même à moyen terme. Larry O’Brien, qui a servi entre MM. Chiarelli et Watson, l’a appris à ses dépens. Promettant quatre années de gel, il a presque réussi le coup à sa première tentative (0,3 % de hausse), suivie de 4,9 %, 4,9 % et 3,8 %, jusqu’en 2010. 

Il vaut donc mieux accepter un gel modeste qui permet d’absorber les pressions de l’inflation que de viser un plafonnement... et assommer les contribuables avec des hausses assassines par la suite.

Jim Watson suit cette voie à la lettre dans sa gestion des finances publiques. Cela ne génère ni accolades ni invectives, mais ça fait le travail. Et c’est exactement ce que les Ottaviens espèrent de leur maire.

Ainsi, il vise une proposition budgétaire raisonnable qui maintient un plafond acceptable sur les finances pendant une période de forte croissance des investissements municipaux, faut-il le rappeler. L’événement marquant de 2018 sera l’inauguration du premier tronçon du train léger qui changera le visage de la capitale en favorisant un nouveau mode de transport en commun. À terme, la revitalisation des plaines LeBreton, traversée par le corridor du train léger, accroîtra la base foncière de la ville : c’est un investissement dans l’avenir.

Mais le maire Watson est bien conscient que le transport en commun ne réglera pas tout. Des inégalités sociales se creusent. La crise des opioïdes fait des ravages parmi les plus démunis. Une vague d’attaques armées et de meurtres, pas seulement attribuable aux gangs de rue, ébranle la capitale depuis un an. La réponse n’est pas que dans la répression et Jim Watson veut réinvestir dans les services sociaux. Ainsi, il double la cadence de construction de logements sociaux (encore trop modeste à 300 unités en 2018), les agences de services sociaux verront leur subvention croître de 3 %, il y aura plus d’investissements dans les parcs, les centres communautaires, les centres sportifs, les bibliothèques, la santé publique... 

Alors, morne et sans histoire, cette ébauche de budget ? En apparence, oui, car elle ne comporte rien pour provoquer une levée des boucliers. Au contraire, après examen, cette proposition budgétaire du maire Jim Watson répond avec calme et retenue à l’essentiel des besoins immédiats et à moyen terme de la Ville d’Ottawa. Et voilà exactement ce à quoi les contribuables s’attendent de leurs élus.

Maintenant, pour le français de la capitale, monsieur le maire...