L'Assemblée législative de l'Ontario à Queen's Park, à Toronto

Un marathon avant l'élection

ÉDITORIAL / Le retour des députés ontariens à l'Assemblée législative, hier, marque en quelque sorte le début du marathon final qui mènera aux élections du printemps 2018.
Pour le gouvernement en place comme pour les partis d'opposition, la quinzaine de mois qui reste avant le grand test électoral offre à tous le temps de revoir leur programme et l'articuler autour d'engagements concrets qui marqueront les esprits des Ontariens... et porteront leurs intentions de vote.
Pendant ces 15 mois, les libéraux de Kathleen Wynne déposeront deux budgets : le prochain, dans quelques semaines, devra proposer des solutions concrètes à la hausse des tarifs d'électricité qui demeure un irritant majeur pour bien des familles, surtout celles aux ressources financières limitées et celles en milieu rural, là où Hydro One est le fournisseur d'électricité. Dans les régions urbaines, les familles ont l'option d'une conversion au chauffage au gaz naturel, une décision lourde de sens mais possible malgré tout. Ailleurs, elles sont otage des tarifs d'électricité... et il ne faudra pas grand chose pour lancer leurs votes dans les bras des partis d'opposition. 
Mme Wynne a déjà éliminé la taxe ontarienne de 8 % sur la facture d'énergie électrique des Ontariens pour alléger le fardeau des contribuables. Cela n'a pas été suffisant pour calmer la grogne et la première ministre l'a récemment reconnu. Il y aura donc d'autres mesures dans le prochain budget de l'Ontario. Ce petit jeu confère tout de même au gouvernement une impression d'amateurisme où l'on essaie de timides mesures en espérant que la plus récente sera suffisante. Sans compter que ces propositions sont coûteuses. Dispenser la facture d'hydro de la taxe de 8 % coûtera chaque année 1 milliard $ au Trésor ontarien... et ça n'a pas suffi. Combien faudra-t-il que le ministre des Finances Charles Sousa injecte de plus pour satisfaire l'opinion publique ?
Et n'oublions pas qu'en même temps, les libéraux ont promis un budget équilibré pour l'élection de 2018. 
À l'époque du dernier budget, il restait encore 4,3 milliards $ de déficit à absorber, auxquels il faut donc ajouter 1 milliard $ pour l'élimination de la taxe de 8 %... plus les mesures à venir.
Le ministre Sousa et sa patronne ne pourront recourir à des solutions « faciles » comme vendre une autre portion de Hydro One, ou la LCBO, ou...
Bref, ce gouvernement est dans de beaux draps.
L'une des seules choses qui peut réjouir Kathleen Wynne, c'est qu'encore une fois, les partis d'opposition peinent à faire mieux. L'année 2018 sera la troisième élection générale pour la cheffe néo-démocrate Andrea Horwath et si elle a fait croître son parti, les progrès ne sont pas suffisants pour lui permettre d'espérer former le prochain gouvernement. Si les libéraux doivent se réinventer, c'est aussi le défi du NPD Ontario.
Reste évidemment le Parti conservateur dont le chef Patrick Brown en sera à sa première élection générale après les deux échecs retentissants sous Tim Hudak. Comme ses frères fédéraux dont il est issu, il tente de tirer le PC vers le centre mais les résistances sont importantes. Lui aussi devra profiter des 15 prochains mois pour compléter son équipe et surtout, développer une cohésion autour d'un programme de centre-droit qui pourrait rallier suffisamment d'Ontariens las de plus d'une décennie de gouvernance libérale. 
À chacun son test donc.