Si Raymond Théberge se voit nommé Commissaire aux langues officielles, « cela mettrait un point final à un long vide dans un poste qui a une importance de premier plan pour les Franco-Ontariens et leurs frères minoritaires au Canada », soutient notre éditorialiste Pierre Jury.

Un mandat déjà nettement tracé

ÉDITORIAL / Le Franco-Manitobain Raymond Théberge pourrait bien être le prochain Commissaire aux langues officielles, si les informations de Radio-Canada sont avérées.

La Chambre des communes et le Sénat doivent entériner cette nomination. Si c’est le cas, cela mettrait un point final à un long vide dans un poste qui a une importance de premier plan pour les Franco-Ontariens et leurs frères minoritaires au Canada. Le chien de garde que représente le Commissariat quant au respect de la Loi sur les langues officielles et sur les entreprises à charte fédérale est essentiel. Plusieurs auront regretté la discrétion de certains commissaires au fil des ans, mais les deux derniers titulaires, Dyane Adam et Graham Fraser, ont assurément adopté une attitude plus militante de leur fonction. 

Depuis un an, on n’aura jamais autant parlé du poste de Commissaire aux langues officielles, mais pas pour de bonnes raisons. Le gouvernement de Justin Trudeau ne s’est pas empressé à pourvoir des postes-clés de l’administration fédérale. Il a mis en place une nouvelle mécanique de recrutement pour les nominations politiques pour les rendre moins partisanes, et c’est tout à son honneur. Mais le processus s’est trop souvent embourbé. La crédibilité des intérimaires handicape leurs actions.

Or la nomination de Madeleine Meilleur, l’ex-ministre libérale des Affaires francophones en Ontario, si elle répondait à bien des critères de compétence, ne passait pas ce nouveau test de l’indépendance politique. Elle a honorablement retiré sa candidature, mais cet impair fédéral a forcé le gouvernement à reprendre du début sa recherche d’un successeur à M. Fraser. Il a ainsi fallu six bons mois avant que n’émerge le nom de Raymond Théberge, un homme peu connu hors des cercles universitaires. Il est présentement recteur de l’Université de Moncton, au Nouveau-Brunswick. 

M. Théberge amène à la table deux qualités géographiques certaines. Originaire de Saint-Boniface, au Manitoba, établi dans les Maritimes depuis cinq ans, il a donc une connaissance de deux réalités linguistico-géographiques fort utiles à un Commissaire aux langues officielles. Il a aussi été sous-ministre de l’Éducation en Ontario, sous Dalton McGuinty. Cela suffit à l’ex-député néodémocrate Yvon Godin pour le discréditer à titre d’« ami des libéraux ». Nous ne partageons pas cet avis.

Le test de « pureté » idéologique appliqué jusqu’ici s’assurait que les candidats n’avaient jamais été candidat pour un parti, ni en aient été membre, ou n’y aient fait de don. Selon les vérifications que Radio-Canada dit avoir faites, M. Théberge paraît blanc comme neige.

Gestionnaire discret, Raymond Théberge arriverait dans un Commissariat à un moment-charnière de son histoire, à la suite de deux dirigeants fort présents. La Loi sur les langues officielles aura 50 ans en 2019 et le Commissaire doit reprendre le flambeau de sa refonte, entre autres pour lui procurer des pouvoirs accrus de persuasion. Car l’autorité de la fonction a été longtemps ignorée ; quel type d’approche M. Théberge apporterait-il au Commissariat ? 

Par ailleurs, les médias sont affaiblis par une crise de l’industrie et la situation est plus criante encore en milieu minoritaire où journaux et radios peinent à survivre. L’immigration francophone doit donner de meilleurs résultats. Le Commissaire aux langues officielles doit surveiller ces dossiers avec attention en l’absence d’un gouvernement fédéral affirmé sur ces questions. Le silence de M. Trudeau en dit long. Raymond Théberge n’est pas encore en selle, mais les attentes à l’endroit du prochain Commissaire aux langues officielles sont déjà bien connues.