Le maire d'Ottawa, Jim Watson

Un maire Watson très populaire

ÉDITORIAL / Jim Watson, le maire le plus populaire du Canada ? Difficile à croire ! Cet homme si discret, presque terne, et dont les paroles ne dépassent jamais le consensus de la société qu'il représente ? En fait, c'est justement en raison de sa prudence dans ses gestes et dans ses paroles qu'il serait le maire le plus populaire au pays, si l'on en croit un récent sondage.
En fait, le mot « populaire » porte à confusion. Dans une foule, personne ne se lancera à la recherche d'un autographe ou pour se faire prendre en photo avec lui comme s'il était un membre des Beatles ou de la royauté. Mais posez la question autour de vous et vous en trouverez bien peu pour le condamner et dire qu'il fait un mauvais boulot. Justement parce qu'il est prudent et qu'il cherche constamment à bâtir ces consensus sur des questions potentiellement divisives.  
Le maire Jim Watson atteint un taux d'approbation de 79 % dans ce sondage Mainstreet pour le compte des journaux Postmedia. Il s'agit de trois points de plus que son score de 76 % à l'élection de 2014, faiblement contestée par Mike Maguire, qui avait obtenu 18,7 % du vote. Son 79 % constitue un sommet parmi les maires des principales villes du pays. En comparaison, Denis Coderre, à Montréal, a recueilli un 62 % et John Tory, à Toronto, 55 %. Le sondage auprès de 6103 Canadiens n'a pas mesuré les appuis à Régis Labeaume, à Québec. Le très médiatisé maire de Calgary, Nahhed Nenshi, a décroché un très respectable 65 %.
M. Watson profite de circonstances particulières qui expliquent son taux d'approbation. 
La première est qu'il ne fait face à aucune opposition sur la scène municipale. Que ce soit au sein du conseil ou ailleurs en ville, pas une personne s'est jusqu'ici dressée comme LA figure d'opposition au maire d'Ottawa. Il y a bien quelques voix discordantes autour de la table du conseil mais à 18 mois des prochaines élections locales, on peine à identifier un candidat de taille qui pourrait lui ravir la mairie. 
Le sondage ne proposait pas une ventilation des appuis selon la langue maternelle mais dans toutes ses élections municipales passées, M. Watson a obtenu un solide appui de la communauté francophone qui représente, ne l'oublions pas, presque 20 % à Ottawa. C'est donc dire qu'il se lance en campagne avec une base francophone considérable.
Les 18 derniers mois ont été marqués par l'acrimonieux débat sur le statut bilingue de la capitale. M. Watson s'y oppose et reçoit une volée de bois vert dans l'espace public francophone à ce sujet. Une large majorité des Franco-ontariens aurait apprécié cette reconnaissance officielle pour coïncider avec le 150e anniversaire de la Confédration. Un sondage indépendant de la firme Nanos a illustré que la communauté anglophone elle-même est en faveur de ce statut... à la condition qu'il n'ait aucun impact négatif sur les finances municipales et l'emploi des unilingues anglophones.
Le statut bilingue d'Ottawa, ce sondage de la firme Mainstreet le démontre, ne contrecarrerait pas non plus les plans de réélection de M. Watson. À 79 % d'appuis, le maire sortant dispose d'une telle avance sur quiconque oserait se présenter contre lui qu'il pourrait changer son fusil d'épaule et appuyer la francophonie ontarienne... et se faire réélire peinard en 2018. À la tête d'une ville d'Ottawa bilingue.