La mort subite de Pierre de Blois, jeudi, a provoqué une onde de choc dans les rangs des militants pour le français à Ottawa.

Un leader qui a laissé des traces

ÉDITORIAL / Infatigable et imperturbable, le départ subit de Pierre de Blois, jeudi, a provoqué une onde de choc dans les rangs des militants pour le français à Ottawa. Additionné avec celui de Mauril Bélanger, il y a 13 mois, ces deux absences ont subtilisé à la communauté franco-ontarienne une paire de puissants leaders tranquilles qui, chacun à leur manière, mais toujours en tandem, ont mené plusieurs avancées pour la francophonie de la capitale.
Mauril Bélanger a travaillé pendant deux décennies à titre de député d'Ottawa-Vanier, un poste qu'il a pu occuper en raison du travail de Pierre de Blois, à l'arrière-scène. 
Le hasard de la vie a donc voulu qu'ils quittent la scène pas la main dans la main, mais presque.
Pour de Blois, le bénévolat au sein de multiples équipes libérales depuis plus de 40 ans n'a été qu'une suite logique de son engagement communautaire amorcée au coeur de la ville, au sein du mouvement Action Côte-de-sable, qui en était à ses premiers pas dans les années 1970. Il a rejoint les rangs pour lutter contre la démolition d'un couvent historique, d'abord, puis contre la prolongation du boulevard urbain King-Edward jusqu'à l'autoroute Queensway. Les citoyens s'étaient inspirés d'une lutte similaire contre la voie rapide Spadina Expressway, à Toronto. La Basse-ville n'a pu être sauvée, mais la circulation dense et lourde sur King-Edward a été détournée à la hauteur de la rue Rideau. Un mal pour un bien ? Au moins la Côte-de-sable a été préservée.
Puis les causes se sont multipliées. Au sein de l'ACFO d'Ottawa, puis à la création du Festival franco-ontarien, notamment. Et l'action politique pour les rouges derrière Mauril Bélanger et Madeleine Meilleur, entre autres. L'ex-ministre libérale a pleuré la perte « d'un frère », hier. Rhéal Leroux, grand meneur des milieux communautaire et économique, était tout aussi « ébranlé par la perte de son très, très grand ami ».
Ces départs successifs rappellent le besoin pour la communauté franco-ontarienne de voir émerger la prochaine génération de leaders. Pierre de Blois avait tenté, à sa manière, de stimuler plusieurs jeunes leaders autour de lui, des gens comme Graham Fox, Maxine Hill, Mona Fortier et Benoît Hubert, par exemple. Ils ont chacun choisi leur chemin, tout aussi important, mais sans marcher dans ses traces exactes. 
Oh, de nouveaux leaders, il y en a. Pour s'en convaincre, il suffisait pour cela d'assister à l'assemblée générale de l'ACFO d'Ottawa, mercredi ; la majorité des gens dans la salle n'avait pas 30 ans, et cela se reflète au sein du nouveau conseil d'administration présidée par Soukaina Boutiyeb, issue des communautés culturelles qui teintent une francophonie ontarienne redessinée. Une autre preuve bien perceptible se verra lors de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario, qui tiendra sa réunion annuelle à Ottawa dans un mois. C'est une francophonie différente ; pas seulement par l'évidence de la couleur de sa peau ou par son accent, mais aussi par son vécu, par ses priorités et par les valeurs qui l'anime. Même ceux que l'on pourrait qualifier « de souche » est différente, si ce n'est que parce que ces « vieux » Franco-Ontariens se frottent et sont influencés par ces « nouveaux » Franco-Ontariens. Ensemble, coude à coude, ils représentent une nouvelle génération, motivée par d'autres enjeux, d'autres idées. Elles sont l'image d'un renouveau.
Pierre de Blois a pendant plusieurs années regretté les chemins tortueux des organisations pour lesquelles il s'était saigné. Il n'avait plus à rougir même si la route est différente. Lui et ses acolytes, Mauril Bélanger en tête, auraient pu durer dans l'action. La vie en a voulu autrement.