Pierre Jury
Les trains du Canadien National et ceux de passagers, de Via Rail, ne fonctionnant pas depuis jeudi.
Les trains du Canadien National et ceux de passagers, de Via Rail, ne fonctionnant pas depuis jeudi.

Un dialogue qui arrive à point

ÉDITORIAL / Le dialogue demandé avec empressement par les représentants des nations autochtones aurait dû démarrer il y a deux, trois jours. Cela aurait peut-être permis d’éviter l’escalade de cette crise du transport ferroviaire qui en est venue, jeudi, à paralyser tout le transport au pays. Car les trains de marchandises du Canadien National et ceux de passagers, de Via Rail, ne fonctionnant pas depuis jeudi, cela a débordé vers d’autres réseaux.

Les Premières Nations au Canada ont un pouvoir immense qu’elles n’utilisent finalement que bien rarement. Car les gouvernements, le fédéral en tête, hésitent à intervenir avec la méthode forte lorsque des militants autochtones bloquent les routes. Tout le monde a encore fraîchement en tête l’affrontement mortel qui a eu lieu à Oka, même si cela est survenu il y a 30 ans. Il y a eu mort d’homme, car la Sûreté du Québec s’en est mêlé et cela a mené à un blocus interminable sur la question d’un développement domiciliaire sur des terres revendiquées par les Mohawk. Depuis, d’autres crises ont épicé les relations entre les deux nations que sont le Canada et les Premières Nations : les conflits à Ipperwash, puis Caledonia, la crise de l’eau contaminée à Kashechewan, les Journées nationales de protestation de 2007, le mouvement Idle No More, etc.

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Les autochtones ont donc ce pouvoir en main, pouvoir controversé et rarement utilisé, mais oh combien efficace lorsqu’ils y ont recours. Ils immobilisent une partie ou l’entièreté du système de transport au Canada, le secteur ferroviaire en premier car c’est le plus facile à interrompre. 

Cela, peu importe la manière. Cette fois, ceux qui protestent ont une légitimité chambranlante. C’est officiellement pour appuyer leurs frères de la nation Wet’suwet’en, de la Colombie-Britannique, qu’une demi-douzaine de groupes de protestataires ont bloqué le trafic ferroviaire au Manitoba, en Ontario, au Québec puis en Nouvelle-Écosse. 

Au cours des dernières heures, deux « barrages » ont été levés, en Colombie-Britannique et au Manitoba. C’est le pouvoir de la négociation qui a commencé à faire son œuvre alors que le ministre Marc Miller, du Service aux autochtones, a conclu de les rencontrer. L’entretien aura lieu ce samedi.

Certains, comme le chef du Parti conservateur Andrew Scheer, ont lancé la pierre à l’absence du premier ministre Justin Trudeau, qui terminait vendredi une tournée en Afrique où il mousse la candidature du Canada dans l’espoir de récolter un siège au Conseil de sécurité des Nations-Unies. M. Scheer se cherchait quelque chose à dire, et il a tort. M. Trudeau n’était pas totalement absent. 

Il est intervenu tous les jours, cette semaine, pour implorer les parties au dialogue et au respect des lois. Il a laissé le ministre des Transports, Marc Garneau, s’occuper de la crise au quotidien. Ce dernier s’est impliqué de façon exemplaire. 

Qu’il ait été sur place ou non, M. Trudeau ne devait pas s’en occuper davantage, question de respecter la subsidiarité ministérielle et laisser les ministres s’occuper les questions de leurs ministères. Le premier ministre n’interviendra que lorsqu’un dialogue de nation à nation s’imposera. 

Nous n’en sommes pas là. Mais nous nous en approchons. Le retour au Canada de M. Trudeau sera bienvenu. S’il doit intervenir, il sera à proximité.  

Souhaitons que cette crise se résorbe rapidement. De grands pans de notre économie reposent sur un réseau ferroviaire efficient, ce que les Canadiens réalisent de plus en plus. Ce sera un des atouts qui aura émergé de ce conflit.