Jean Hébert

Un coup de balai qui fait l’affaire

ÉDITORIAL / Le patron du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO), Jean Hébert, a été démis de ses fonctions dans ce qui appert être une opération de nettoyage des échelons supérieurs de la santé en Outaouais. De fait, la présidente du conseil d’administration Lucie Lalonde a démissionné, jeudi, complétant le coup de balai du gouvernement.

Cela arrive peu de temps après le dépôt du rapport de l’« accompagnateur » Sylvain Gagnon, nommé en décembre pour porter un diagnostic organisationnel sur le CISSSO.

Ce rapport, assez sommaire, reprend en filigrane les doléances des régions du Pontiac et de la Haute-Gatineau, qui étaient très critiques du leadership très centralisé de M. Hébert.

Il y est allégué que le président-directeur général du CISSSO a rapatrié à Gatineau des fonctions auparavant occupées en région. Ces reproches sont soutenus par des « personnes rencontrées », faute d’être appuyées par une étude exhaustive et indépendante des faits.

Mais que voulez-vous soutenir en à peine 22 pages ?

Cela dit, M. Hébert n’était que le porteur des œuvres du ministre de la Santé d’alors, Gaétan Barrette, qui avait entrepris une gigantesque réforme des structures de son ministère avec les lois 10 et 20. Il avait planifié la mise à la retraite de dizaines de cadres en Outaouais. Et on reproche aujourd’hui à M. Hébert d’être déconnecté des priorités de la Haute-Gatineau, entre autres ? On veut bien le reconnaître, c’est probablement vrai même, mais Jean Hébert ne se faisait là que le messager et l’exécutant de M. Barrette.

Le rapport fait aussi une large place à « l’absence de communications structurées avec les différents partenaires de la région ». Nous avions bien vu que M. Hébert s’avérait plus à l’aise avec les chiffres qu’avec la parole.

Enfin, et c’était le coup de grâce, la situation financière du CISSSO. L’encre rouge de 2018-2019 a suivi trois années de budgets équilibrés... mais des années où il y a eu des « financements additionnels » de 9,7 millions $ en 2015-2016, de 4,5 millions $ en 2016-2017 et 9,3 millions $ en 2017-2018. En 2018-2019, c’est 12,7 millions $ dans le trou, en partie dû aux heures supplémentaires, au recours aux agences de placement et à l’absentéisme au travail.

Ce trou financier, c’est cependant avant toute aide ponctuelle de Québec. Maintenant qu’on a nommé une nouvelle présidente-directrice générale intérimaire en Josée Filion — qui jouira elle aussi d’une « accompagnatrice » en Martine Couture pour quatre mois — est-ce que ça changera quelque chose ?

Mme Filion vient à peine d’arriver en poste de sa précédente affectation dans la région de Lanaudière. Si le CISSSO reçoit des fonds exceptionnels, ce qui n’est pas exclu, cela lui facilitera grandement la tâche. Il faudra surveiller cela.

Toute cette histoire ne sent pas nécessairement mauvais, mais ça a des odeurs de règlement de comptes. Auquel aurait pu être mêlé la préfète de la MRC de la Vallée-de-la-Gatineau, Chantal Lamarche. Rappelez-vous que, dès décembre, elle demandait la tête de Jean Hébert dans une sortie qui pourrait être bien calculée.

Savait-elle des choses à propos de l’avenir du patron du CISSSO dès ce moment ? Ou s’est-on simplement servi de sa sortie pour concrétiser un habile changement de régime à la tête du CISSSO ?

Chose certaine, le congédiement de Jean Hébert fait l’affaire et de Mme Lamarche, qui plaidait avec sincérité pour sa région, et pour le nouveau gouvernement, qui trépignait d’impatience de mettre son monde fermement en place.