Le premier ministre ontarien, Doug Ford

Un budget à refaire bientôt?

ÉDITORIAL / La Ville d’Ottawa a déposé son budget préliminaire, mercredi. Mais l’exercice risque d’être bien futile, car le gouvernement de l’Ontario, dirigé par Doug Ford, pourrait bien tout flanquer à la poubelle.

Car ces progressistes-conservateurs, sous leur nouveau premier ministre, peuvent être intransigeants. Leurs silences sont parfois révélateurs. Et le silence qui les entoure sur la question budgétaire des municipalités laisse entrevoir le pire.

L’Ontario, on le sait, est aux prises avec un très gros déficit de 11,7 milliards $, selon les données de la vérificatrice générale Bonnie Lysyk.

Il ne faut pas se fier aux chiffres du gouvernement Ford, qui l’estime à 15 milliards $. Il le place au plus haut niveau possible pour mieux se vanter qu’il l’aura terrassé, d’ici quelques années. C’est un jeu politique.

Il n’empêche que son déficit est très élevé et qu’il faut y voir rapidement. C’est ce que le gouvernement Ford fait ces mois-ci en laissant pointer à l’horizon une série de compressions. Elles ont déjà commencé avec l’élimination du financement de l’Université de l’Ontario français, même s’il ne s’agissait que de quelques millions de dollars pour l’année en cours. Idem pour l’élimination de 22 conseillers municipaux à Toronto, et des économies de 360 millions $ dans le financement des 21 universités ontariennes, et 80 millions $ pour ses 24 collèges.

Mais plusieurs autres sont dans le collimateur, comme la réforme en santé. Selon l’opposition néo-démocrate, les conservateurs s’apprêteraient à privatiser les inspections, les laboratoires et le système de transport de malades Ornge, entre autres. Cela représentera des centaines de millions supplémentaires en économies.

Ces dernières coupes n’ont pas été annoncées encore. Cela devrait venir plus tard en février.

Et ça, c’est pour les sujets dont on se doute. Il y en aura sûrement d’autres. Comme aux Affaires municipales.

Ce qui signifie que les prévisions budgétaires de la Ville d’Ottawa n’ont qu’un caractère bien approximatif.

Pour le moment, le maire Jim Watson prévoit une augmentation des impôts fonciers de 3 %. C’est déjà la plus forte hausse qu’il ait jamais entérinée. Il a accepté des augmentations de 2,5 %, au début des années 2010, et de 2 % les quatre dernières années. Ce 3 % signifie une croissance de 113 $ pour une maison moyenne dans la partie urbaine d’Ottawa, et 93 $ pour les clients ruraux. À cela, il faut ajouter un 36 $ supplémentaire pour défrayer les redevances d’eau et d’égout (4,40 $ pour les foyers ruraux).

Tout cela donne un budget global de 3,6 milliards $ et pour qu’il soit équilibré, il a fallu inclure un 100 millions $ pigé dans le fonds de réserve de la Ville d’Ottawa. Il est prévu que le fonds de réserve descende à 401 millions $.

Ça, évidemment, c’est si tout baigne dans les prévisions de la Ville. Il reste encore quelques ficelles à attacher, dont la police qui s’est vu imposer une cure minceur supplémentaire de 2,4 millions $.

Tout pourrait donc exploser si l’Ontario impose quelques coupes. Cela pourrait être de l’ordre de 30 ou 40 millions $ seulement pour Ottawa. Il ne faudrait pas s’en surprendre. Cela imposera à la Ville d’Ottawa l’obligation de retourner à la table à dessin, si l’on parle de montants aussi importants. Il faut s’y préparer, car ce gouvernement Ford ne se gêne pas pour imposer ses réductions budgétaires, sans trop d’égards aux effets sur la population. Il dit que le déficit l’y oblige. Nous verrons bien.