Justin Trudeau, cet apôtre du multiculturalisme, est tout à l’opposé d’un raciste, même s’il a arboré le blackface il y a 20 ou 25 ans.

Un «blackface» qui profite du vide

ÉDITORIAL / Justin Trudeau a passé la journée d’hier à tenter de se défaire de l’ombre du politicien raciste qui vient avec l’étiquette du «blackface», ce maquillage utilisé pour parodier les Noirs au XIXe et XXe siècle, particulièrement aux États-Unis. Il est aujourd’hui considéré irrespectueux et offensif, et ce n’est pas une surprise si des médias américains se sont lancés sur cette histoire.

Le Canada n’a pas la même histoire de discrimination que les États-Unis, mais il en a une malgré tout. Mais toutes les histoires de blackface n’y résonnent pas comme chez nos voisins du Sud. Et le Québec ne réagit pas du tout...

Il n’empêche que le chef du Parti libéral devait rapidement mettre cet épisode derrière lui. Une conférence de presse à la hâte à bord de l’avion de campagne, mercredi soir, a été suivie par une autre, à Winnipeg, où M. Trudeau poursuivait sa tournée. Il y a traité de l’affaire de long en large, se déclarant «profondément embarrassé» par cette affaire et qu’il «regrette profondément». Il a ajouté qu’il «aurait dû savoir» qu’il n’est «jamais acceptable de foncer sa peau», et qu’il n’aurait «jamais dû le faire».

Au-delà de cela, «je ne comprenais pas le privilège que j’avais de ne jamais avoir été discriminé».

Les faits qui lui sont reprochés remontent aux années 1990, alors que M. Trudeau était guide de rivière, et des photos prises lors d’un gala de la fin de l’année 2001 lorsqu’il était professeur. Le premier ministre était alors déguisé en Aladdin.

Nous parlons d’une vingtaine d’années, et plus encore. À l’époque, ce n’était pas répréhensible, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Jusqu’à quel point ? Cela dépend de la personne.

Tout cela n’est pas une tempête dans un verre d’eau, compte tenu des images très négatives qui accompagnent le blackface depuis l’émergence des droits civiques aux États-Unis, dans les années 1960. Mais cela n’a pas l’importance que lui confère le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer. Évidemment, il tente de dépeindre M. Trudeau sous le plus mauvais jour possible, martelant qu’il «a fait quelque chose de raciste».

Justin Trudeau, cet apôtre du multiculturalisme, est tout à l’opposé d’un raciste, même s’il a arboré le blackface il y a 20 ou 25 ans. S’il n’était sans doute pas un Canadien averti sur la question raciale à l’époque, il l’est devenu depuis, et de magistrale façon.

Ce qui est à peu près ce qu’a dit le leader du Bloc québécois, Yves-François Blanchet. Il lui reproche bien des choses, mais pas d’être raciste.

Si cette question occupe tout l’espace depuis deux jours, c’est un peu à cause du vide de la campagne électorale après une semaine de courses aux quatre coins du pays. Les partis commencent à peine à dévoiler leurs programmes — sauf le Nouveau Parti démocratique, qui l’a tout fait en août —, et les Canadiens ne sont pas encore impliqués dans la joute politique. Cela viendra avec les débats télévisés, dans deux semaines. Le fait demeure, cette campagne électorale n’en est encore qu’à ses balbutiements.

Entre temps, le Parti conservateur a tenté le grand coup en dévoilant certaines de ces images dans l’espoir d’attirer l’électorat de leur côté car leur campagne plafonne déjà. M. Scheer sait bien que si les sondages qui le placent nez à nez avec les libéraux tiennent jusqu’au 21 octobre, le jour du vote, il perdra car ses appuis sont concentrés dans les trois provinces des Prairies. Il a néammoins réussi à susciter un débat. Mais cela ne saurait durer, car l’accusation de racisme à l’endroit de Justin Trudeau ne tient juste pas la route. Dans quelques jours, notre attention sera focalisée sur autre chose, jusqu’aux débats télévisés.